Le populisme journalistique au Maroc : quelles frontières entre les pratiques individuelles et la déontologie sectorielles ?

Résumés

Pour la dimension économique comme sociale, les mutations qu’a connues le secteur des médias au Maroc avaient pour objectif d’être un encouragement réel à l’investissement dans domaine transitant du monopôle de l’État vers la sphère du capitalisme. Par conséquent, l’impact d’une libéralisation du paysage audiovisuel sur le plan du pluralisme politique et son ancrage au système économique peut être évalué sous différents aspects (économique, politique, social, etc.). Ainsi, le modèle de financement des services audiovisuels marocains expriment une singularité marocaine qui mérite de la rapprochée au contexte politique national dans sa totalité.
For the economic as well as the social dimension, the changes that the media sector in Morocco has known have the objective of being a real encouragement to investment in the transient field of the monopoly of the State towards the sphere of capitalism. Consequently, the impact of the audiovisual liberalization in terms of political pluralism and its anchoring in the economic system can be assessed from different aspects (economic, political, social, etc.). Thus, the funding model for Moroccan audiovisual services expresses a Moroccan singularity which merits comparison with the national political context in its entirety.

Texte intégral
A+ A-

Aussi bien pour la dimension économique que sociale, les mutations qu’a connues le secteur des médias au Maroc avaient pour objectif d’être un encouragement réel à l’investissement dans un domaine transitant du monopole d’État vers la sphère du capitalisme.  Cette dynamique s’est concrétisée à travers un soutien durable au développement humain, économique, social et culturel des régions, en phase avec les politiques de décentralisation et de régionalisation. Considérée comme un nouveau jalon de la construction démocratique, la libéralisation des ondes et de la presse écrite furent une étape cruciale du processus d’ouverture politique et de réconciliation des Marocains avec leur système politique lui aussi en mutation.

Il faut également retenir que le pouvoir politique marocain s’est forgé dans la douleur passant du protectorat vers la recherche de la légitimité sur son propre territoire en se basant sur le mouvement populaire nationaliste. Aussi, le mimétisme intellectuel et le conflit entre les différents panarabismes « socialisme, occidentalisme, communisme constructif (made Only in Morocco), etc. » ont rendu le rôle de l’État plus compliqué face aux partis de gauche qui trouvaient dans le journalisme un outil de diffusion de l’information et de la doctrine qui allait à l’opposé des orientations d’un État qui renaissait de ses cendres et dont  l’histoire à fait l’objet de plusieurs travaux (par exemple, Miège, 1954 ; Aouchar, 1990 ; Baida, 1996).

Après plus de 50 ans, cette situation conflictuelle entre la pratique médiatique telle qu’elle était perçue par l’État et celle du contrepouvoir politique du journalisme partisan, s’est totalement dissipée avec la levée du monopole sur la communication audiovisuelle et la création de groupes médiatiques privés donnant une nouvelle perspective pour le commun des mortels en matière de pratiques journalistiques. Aussi, la spécificité des entreprises médiatiques, leurs modes de fonctionnement et les enjeux de pouvoir qu’elles suscitent ont fait l’objet d’une multitude de travaux sur la transitologie (O’Donnell et Schmitter, 1980) avec une perspective basée sur « l’évolution des structures » notamment en terme de « transition démocratique ».

Il est également question de la notion « d’interférence » entre « politique & media » avancée par certains analystes (Madaacha, 2010) comme une alternative, ou outillage politique puisqu’elle permettrait d’aborder la dynamique de systèmes politiques, de pays comme le Maroc.

Il est important d’analyser l’impact des outils de la libéralisation sur la pratique journalistique et médiatique au Maroc, partant d’une situation de monopole de l’Etat qui concrétisée les convictions politique du pouvoir, vers une dimension mercantile qui vise à marchander et satisfaire une clientèle de consommateur de contenus (auditeurs, lecteur et téléspectateurs).

L’impact d’une libéralisation du paysage audiovisuel peut être évalué sous différent aspects (économique, politique, social, etc.). Cependant, une estimation de l’offre et de la réception des médias nationaux permettrait d’évaluer l’état des lieux de l’investissement audiovisuel dans les différentes régions du Maroc.

Dans une configuration qui associe à la fois (1) une transition politique de l’autoritarisme vers plus de démocratisation et (2) un espace médiatique ouvert à la libre entreprise, quel sera l’impact dans ce cas sur les contenus proposés au niveau des grilles des programmes des opérateurs radios et TV ?

Loin de s’appuyer sur ces grilles de lecture trop normatives, cette recherche se propose d’analyser les transformations de l’espace médiatique marocain, essentiellement lors du décrochage des transformations institutionnelles des années deux mille, à partir d’une lecture historique rationnelle des « opérateurs audiovisuels », essentiellement, en montrant leur forte interaction à l’égard des champs politique et économique. A ce titre les travaux de Pierre Bourdieu nous seront d’un outillage fort important au niveau théorique, notamment au niveau de la perspective relationnelle.

Dans ce qui suit, il sera question d’analyser la situation actuelle de la sphère des médias audiovisuel au prisme de la restructuration de l’économie à l’image du politique de ce marché en devenir. D’abord, ses faiblesses structurelles expliquent l’intensité des enjeux politiques autour des modes de financements de la presse et les difficultés à trouver des « modèles économiques » rentables.

Ensuite, on retrouve cette interpénétration des champs économique, politique et journalistique dans l’analyse des trajectoires professionnelles, politiques et sociales des principaux investisseurs de cette nouvelle presse, montrant le poids de leur capital politique et social.

Enfin,  la relative fermeture    de ce marché   se voit encore davantage à travers l’oligopole de la publicité, en grande partie liée au champ du pouvoir, qui pèse très directement sur le fonctionnement des entreprises de presse.

La logique économique de l’expansion de l’offre

De manière générale, la multiplication de l’offre audiovisuelle nationale est le résultat d’une augmentation du nombre de services du pôle public (passant de 7 à plus de 23 radios et télévisions) et ceux du privé (passant de 1 à 14 services).

Dès 2005, les premières décisions des appels d’offres pour la manifestation des intérêts d’investissement dans le secteur audiovisuel révèlent l’intérêt porté par les groupes économiques nationaux au secteur des médias.

Cependant, les premiers opérateurs privés ont dirigé leur plan de développement vers les grandes agglomérations avec pour but de toucher l’audience la plus intéressante (en termes de rentabilité) au niveau des catégories socioprofessionnelles. De plus, cette stratégie leur permettait de convaincre les annonceurs potentiels par rapport à leurs capacités à drainer de l’audience.

Le modèle de financement du service audiovisuel public exprime une singularité marocaine. Cette spécificité est basée sur une articulation de différents types de ressources financières, à savoir : la redevance audiovisuelle, la publicité, le budget de l’État et les subventions. Cette situation est à l’origine d’une multitude d’externalités au niveau économique et financier, mais aussi au niveau de la qualité de la programmation proposée par l’offre audiovisuelle nationale qui touche moins de 50% de taux d’audience.  Par conséquent, de quelle pratique médiatique est-il question ? Et à qui est-elle destinée ? Comme il est signalé au niveau du préambule de la Loi sur la communication audiovisuelle (77-03), un secteur public audiovisuel a une mission de service public qui lui incombe et qui consiste à répondre aux attentes des citoyens et à leurs besoins dans les domaines de l’information, de la culture, de l’éducation et du divertissement.

Ces missions doivent être appuyées par le soutien à la création d’œuvres originales, la garantie de l’expression régionale, l’encouragement d’une information de proximité, la promotion du patrimoine et de la création artistique au niveau national.  Pour répondre favorablement à ces missions de service public, il faut trouver les fonds nécessaires. Cependant, le montage financier des opérateurs publics est principalement basé sur une dépendance de la ressource publicitaire et par conséquent soumis au risque d’atteinte à l’indépendance éditoriale. En effet, la marge d’indépendance se rétrécit davantage au profit d’un nombre d’annonceurs très restreints[1]Un groupe de 100 à 200 annonceurs pour la télévision et 300 à 400 pour … Suite... capables de faire des investissements publicitaires toute l’année. Par conséquent, la notion d’indépendance est remise en question face aux désirât du marché. Ainsi, la production audiovisuelle et la programmation dépendent également du facteur économique et du nombre restreint des financeurs privés que compte l’écosystème marocain.

Les défis du financement du secteur audiovisuel marocain face aux enjeux politiques

La question du financement de l’audiovisuel public fait très souvent l’objet de débat dans les sphères politiques et dans les débats publics. En effet, l’économie de l’audiovisuel peut avoir un nombre étonnant de compréhension et d’interprétation. Ces dernières, souvent diverses peuvent être réduites, si on essaye d’approfondir la réflexion, à certaines idées comme le financement des chaînes publics de la part de l’État ou à travers le marché.

L’analyse de certains modèles économiques européens et nord-américains, permet d’opérer la distinction entre trois types de structure de financement:

  • Le modèle nord-européen: caractérisé par une large indépendance financière basée sur une redevance audiovisuelle élevée créant une relation directe avec le contribuable. La ressource publicitaire ne fait pas l’objet d’une forte concurrence entre les opérateurs publics et privés;
  • Le modèle latin: un modèle où la ressource publicitaire est la principale source de financement du secteur audiovisuel dans son ensemble (public-privé). Ainsi, la ressource publicitaire fait l’objet d’une forte concurrence entre les opérateurs publics et privés;
  • Le modèle nord-américain (cas des USA): les recettes financières du service audiovisuel public (public broadcasting service ou PBS) ne dépassent pas les 1% de l’enveloppe globale des recettes dont profite le secteur privé qui se base sur les recettes publicitaires et les abonnements. Étant, relativement, non significative par rapport au secteur privé, les ressources des opérateurs publics proviennent principalement des collectivités locales, des dons et des associations de consommateurs (total recette de la PBS en 2019 est de plus de 1200 millions de dollars).

Le chiffre d’affaire publicitaire net dégagé en France pour financer l’ensemble des grands médias (80 milliards d’euros en 2019[2]Rapport « ICMR 2013» de l’Ofcom, figure 1.2, la page 21 ) est plus faible que celui de la Grande-Bretagne (92 milliards) et nettement plus faible que celui de l’Allemagne (110 milliards). La capacité de lever des fonds au niveau publicitaire est fortement corrélée aux similarités économiques et les politiques marketings entre les pays[3]Monique DAGNAUD « Télévision publique : le match … Suite... de tradition latine (France et Italie) par rapport aux pays de tradition nord-européenne (Allemagne et Grande Bretagne).

La redevance audiovisuelle française qui, pour sa plus grosse part, aide politique à financer les télévisions et les radios publiques est l’une des plus faibles d’Europe avec 121 euros, par rapport aux foyers allemand et anglais qui déboursaient respectivement 216 et 180 euros annuellement en 2012 (voir tableau 1, ci dessous).

Depuis 2003, le niveau de la redevance a stagné en France pendant que celui des autres pays d’Europe du nord a augmenté régulièrement[4]Monique DAGNAUD « Télévision publique : le match France-Angleterre », … Suite.... Ce choix politique est difficile à assimiler pour l’audiovisuel public français, au moment où le secteur de la télévision tend à être inflationniste[5]Statistiques de l’observatoire européen de l’audiovisuel ainsi que … Suite... avec une forte corrélation entre la qualité des programmes et leurs coûts de production.

En général, pour le financement des services audiovisuels publics européens, on distingue entre deux types de financements :

  • Le financement mixte ou composite : cette logique de financement combine, en général, entre les ressources publicitaires et annexes (pub classique, SMS, parrainage, vente de droits audiovisuels), le budget alloué par l’État, les redevances d’utilisation du spectre et la redevance audiovisuelle. Ce type de financement est adopté par le pôle public marocain comme ce fut le cas avec le Groupe France Télévision avant 2008 avec la décision du Président Français Nicolas Sarkozie.
  • Le financement à base unique : Financement principalement étatique, ce type de financement se base, généralement, sur le produit de la redevance récoltée par l’État. Si celle-ci n’est pas suffisante ou inférieure aux estimations, l’État peut contribuer à résorber le gap de financement. Cette tradition de financement vient d’être initiée en France depuis 2008, alors qu’elle a toujours était le point fort de stabilité financière et de la notoriété du service audiovisuel public Britannique BBC. Cette stratégie de financement réduit le taux d’exposition en termes d’indépendance financière de l’opérateur public par rapport aux différents aléas du marché publicitaire.

Tableau 1 : Benchmark de certains modèles de financements des opérateurs audiovisuels publics en Europe[6]Les Cahiers de la DG du Trésor de France – n° 2012-01 – Juillet 2012 … Suite...

Pays Redevance audiovisuelle  

Publicité

 

Part de financement public

Montant Matériel assujetti Montant total
France 121Euros/an Téléviseurs uniquement 2,4 Md€ en 2008 Autorisée sauf entre 20h et 6h

jusqu’en 2012. Limitée à 6 min en moyenne par heure avec un

maximum de 8 min par heure

Pour France Télévisions, les recettes

publicitaires représentent environ 32 %

de la redevance audiovisuelle

en 2008 et 18 % en 2009

(suppression partielle de la pub)

Allemagne 215.76 Euros/an Taxes réduites pour les postes de radios, ainsi

que les ordinateurs et les téléphones mobiles

pouvant recevoir Internet

7,2 Md€ en 2008 Limitée à 20 min par jour sur les

chaînes publiques

Part négligeable des recettes publicitaires avec 220 M€ contre 7,2 Md€ pour la redevance

audiovisuelle en 2008[7]Voir : http://www.obs.coe.int/oea_publ/iris/iris_plus/iplus4LA_2010.pdf.fr

Finlande 231 Euros/an Téléviseurs uniquement (projet de réforme en

cours

438 M€ en 2008 Aucune publicité sur les chaînes publiques Le financement est exclusivement public
Espagne Aucune publicité. Pas de redevance audiovisuelle. Le financement de l’audiovisuel public repose sur des subventions publiques et sur plusieurs taxes (dont une taxe de 3 % sur les recettes des diffuseurs commerciaux). Enfin, une partie des redevances

d’utilisation du spectre assure également le financement de l’audiovisuel public.

Financement exclusivement public via un

système de taxes (50 %) et de subventions

(50 %)

Italie 107.5 Euros Téléviseurs uniquement (projet de réforme qui

n’a pas abouti)

Publicité autorisée Financement assuré à

50% redevance et 50% la publicité

Royaume-Uni 180 Euros/an Pour les téléviseurs. Taxe réduite pour les

téléviseurs noir/blanc.

Aucune publicité sur les chaînes

publiques

Financement exclusivement assuré par la

redevance, hors ressources propres des

chaînes (cessions de droits…)

Pays-Bas Redevance audiovisuelle supprimée en 2000 Publicité autorisée Financement assuré à 75 % par des

subventions publiques, à 25 % par la

publicité

Dans le cas marocain, et pour une multitude raison qu’on verra ensuite, le financement du pôle public s’opère de façon composite. Le fonds pour la promotion du paysage audiovisuel national (le FPPAN) a été créé par la loi de finance de 1996[8]Loi de finance de 1996,  Article 44 des comptes spéciaux du trésor ;.

Le FPPAN a vu notamment le jour sept ans après la création de la chaîne 2M le 4 Mars 1989 qui est considérée comme la première télévision privée et commerciale payante au Maroc, en Afrique et dans la région Mena.  Les difficultés causées à la fois par la faiblesse du pouvoir d’achat du citoyen marocain, du développement du piratage et de la concurrence déloyale étaient à l’origine de l’étatisation de cette chaîne de télévision pour garantir sa pérennité. La Soread-2M voit le jour en juin 1996 comme étant un opérateur audiovisuel public financé en partie par des fonds publics en provenance du FPPAN. Aussi, la création du dit fonds s’est opérée dans un contexte caractérisé par la consolidation du processus de réformes du paysage audiovisuel marocain ainsi que par la mise en place d’un cadre juridique pour la libéralisation du secteur (2002) et la levée du monopole de l’État sur la radiodiffusion et la télévision[9]Décret-loi n° 2-02-663 du 2 rejeb 1423 (10 septembre 2002) portant … Suite....

Modifié par différentes lois de finances[10]Réforme en 1998, 2004, 2006 et la dernière en 2013 depuis sa création, le FPPAN a comme prérogative de contribuer au soutien financier et au développement du secteur audiovisuel national, en donnant une nouvelle impulsion à la production nationale tant audiovisuelle que cinématographique.

La publicité le nerf de la guerre  

Au Maroc, l’industrie de la publicité évoque des caractéristiques d’une économie en voie de développement.

La télévision et les radios[11]Mathieu Chassang : « Le marché publicitaire marocain en 2011 : … Suite... :

Avec un tiers des dépenses publicitaires, la télévision est de loin le média le plus prisé par les annonceurs marocains tout en restant très dépendante d’un petit nombre d’annonceurs. Aujourd’hui on estime que ce sont environ 450 annonceurs, principalement issus des télécommunications, de l’immobilier, de l’alimentaire et des produits d’hygiène et d’entretien, qui font l’essentiel du marché de la publicité TV au Maroc.

Avec 12% des dépenses publicitaires et une progression de 8% par rapport 2019, la radio est aujourd’hui un support très sollicité par les annonceurs marocains. Toutefois, même si la radio est un média très réactif, peu coûteux et particulièrement efficace pour faire de la « réclame », c’est en contrepartie un média relativement pauvre si l’on veut façonner une image de marque qualitative. Il n’est donc pas improbable que l’on assiste dans les années à venir à un rééquilibrage à la baisse des dépenses publicitaires en radio comme il est le cas au niveau mondial. Ce média traduit actuellement l’essentiel de l’investissement privé dans le secteur des médias audiovisuels indépendants à côté de la presse électronique.  Sauf, les radios sont assujetties au système des licences qui dépendent du régulateur audiovisuel « HACA » et la Loi sur la communication audiovisuelle.

L’affichage :

L’affichage au Maroc se porte bien avec 23% des recettes publicitaires en 2019, et une progression de +8.2% par rapport à 2018. Il a clairement bénéficié d’un effet report de la part des gros annonceurs, qui face à la contraction des budgets pub ont dû privilégier des supports moins coûteux et sans aucune valeur ajoutée.

Contrairement à la télévision et à la radio, l’affichage ne participe pas à la production d’un contenue. La télévision et la radio profitent des recettes publicitaires pour financer leurs activités de production et de diffusion.

Une régulation asymétrique : politiquement incorrect

Au Maroc la publicité sur les supports audiovisuels est effectuée par la Haute Autorité sur la base de la loi 77-03. Par contre au niveau des autres supports la liberté est totale et elle ne dépend que des capacités marketing de chaque entreprise.  L’existence d’une activité régulée comme l’audiovisuel et d’une autre qui ne l’est pas (presse ou affichage) face à une même source de financement à l’image de la publicité, crée un effet d’éviction dans le marché publicitaire.  Si l’affichage, qui emploie nettement moins de personne que l’audiovisuel, ou la presse écrite été régulés les radios et la télévision auraient profité de plus de ressources publicitaires.

Les pouvoir politiques doivent se pencher sur les questions qui entravent un fonctionnement sain du marché de publicitaire marocain. L’économie nationale est embryonnaire et elle nécessite une certaine présence, forte et motivée, des pouvoirs publics pour ne pas créer des situations de quasi-rente.

Cependant, l’importance donnée sur le plan législatif et réglementaire aux questions relatives à la diversité culturelle et linguistique, le genre, la territorialité et le pluralisme politique, a montré encore une fois la dichotomie persistante entre le théorique et l’opérationnel.

Depuis le début des années deux mille, suite au gouvernement d’alternance[12]Les deux Gouvernements d’ELYoussefi I et II, les questions relatives aux doctrines politiques de droites comme de gauches n’ont plus aucune signification dans le paysage politique marocain face aux questions de développement, de lutte contre la pauvreté, la criminalité et la corruption. Par conséquent, les nouveaux médias audiovisuels vont devoir faire face à des défis éditoriaux dont le traitement médiatique peut nuire aux intérêts de certains groupes économiques ou politiques au point de frôler parfois la question de la nuisance à la sécurité et à la stabilité du pays. Ce cas de figure est très souvent associé au manque de professionnalisme journalistique ou à la recherche d’une notoriété par le biais d’un populisme médiatique où on remet en question toutes les structures politiques du pays[13]L’affaire Mehdaoui et Bouachrine. Ainsi, certains journalistes essaient de se faire un nom en attaquant directement la monarchie, le gouvernement et les patrons d’entreprises avec pour ambition d’être classé comme journaliste indépendant et militant aux yeux de l’extérieur.

Par conséquent, le citoyen se retrouve entre le populisme du politicien, du journaliste et de l’entrepreneur financeur des médias. Encore faut-il mettre l’accent sur le rôle de la régulation[14]Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, qui joue le rôle de … Suite... médiatique comme outils de stabilisation et de professionnalisation du métier de journaliste dans la lutte contre l’extrémisme dans toutes ses facettes, la vérification des informations, le professionnalisme du métier etc. La mise en place des cahiers des charges des opérateurs audiovisuels les rend assujettis à une pratique médiatique qui s’inscrit dans un corridor contractuel liant le citoyen à l’entreprise médiatique au prisme de la loi sur la communication audiovisuelle[15]A l’image de la Loi Léotard en France..

Cette situation s’est traduite par un populisme sur le web et les RSN dans un langage « associé au journalisme » mais dont le foisonnement n’est pas encore assimilé et où la diffamation, la vie privée, la dénonciation, la protection des mineurs et la présomption d’innocence n’ont plus aucun sens ni légitimité professionnelle. Par conséquent, malheureusement, la porte du code pénal s’ouvre à ces pratiques digitales qui s’expriment en toute impunité au nom de la liberté d’expression.

Quand l’asymétrie provient de la dimension économique :

Le pôle public national reste la principale locomotive de l’investissement public destiné à la production audiovisuelle en Amazigh ou arabe dialectal.

Cependant, l’expérience de la télévision privée au Maroc (exemple de Medi1TV) montre que la question identitaire et linguistique est éclipsée. Les cahiers des charges de cet opérateur télévisuel font référence à la protection de la diversité culturelle du pays et non à sa promotion, profitant ainsi de l’absence d’une spécification liée aux obligations quantitatives au niveau réglementaire pour chaque langue nationale.

La logique de programmation au singulier, mais conjuguée au pluriel[16]Balima Serge et Mathien Michel (dir.), Médias de la diversité culturelle … Suite... :

Une analyse chronologique pour deux exercices (de décembre 2013 à décembre 2015) des programmes d’investissements en programmation du pôle public, nous a permis de mettre en valeur l’évolution de cette dernière.

En effet, la mise en place d’une politique de promotion culturelle audiovisuelle est aussi synonyme d’une budgétisation en termes de programmation. Cette dernière se concrétise, opérationnellement, par des appels d’offres destinés à meubler différents thématiques et genres de programmes. Cependant, à l’exception de la chaîne Tamazight, la langue amazighe n’est pas présente à la télévision.  Ainsi, par rapport à l’ensemble des investissements publics en programmation pour le mois de ramadan 2014 et 2015, la langue amazighe comme composante identitaire et linguistique au même titre que l’arabe a bénéficié de moins de 30% du total des investissements.

Par conséquent, les programmes du service public de la télévision et de la radio d’expression amazighe tentent de satisfaire un public majoritaire dans une logique de redistribution de la contribution collective au risque de subir un désintérêt de la part de certaines catégories de jeunes en pleine crise identitaire qui ont d’autres besoins en termes de contenu médiatique. Par conséquent, la logique mercantiliste ou/et idéologique permet la création d’un terrain libre et fertile à d’autres interprétations mixant populisme et antisémitisme.

La volonté de promouvoir une culture nationale dans sa diversité est passée d’une doctrine d’un mouvement culturel vers un service audiovisuel public. Cependant, les intervenants en ressources humaines sur ce segment du marché culturel, qui maîtrisent l’ensemble des composantes artistiques, linguistiques et créatives se font de plus en plus rares. Cela dit, selon ces professionnels, les compétences créatives en matière d’audiovisuel amazighe ne sont pas formées et donc elles essayent de se convertir à un métier sur la base d’une langue maternelle. La prise en compte de ces facteurs est décisive pour une meilleure qualification du produit offert à l’audience.

Ainsi, en l’absence d’une obligation de programmation pour les services privés en langue amazighe et vu le nombre fort restreint des services télévisuels, la marge de manœuvre pour la promotion et le développement des compétences artistiques et médiatiques est limitée.

Conclusion 

Le populisme au Maroc n’est pas juste une pratique qui se ressent dans les médias mais un fardeau politique qui pèse lourdement sur les secteurs productifs. Cependant, il ne faut pas négliger les réalisations du secteur audiovisuel à l’image de la démultiplication des services audiovisuels régionaux, la chaîne publique Tamazight destinée principalement au public amazighophone, la lutte contre l’extrémisme dans l’espace audiovisuel national à travers un discours éclairé et modéré, le libre accès de l’ensemble des composantes politiques du pays au débat public sans aucune restriction relative aux différents courants de pensées. Les médias au Maroc ont bel et bien joué leur rôle dans la lutte contre toutes les formes de discrimination en mettant en œuvre une politique d’accompagnement « État-Régulateur-opérateurs » ayant pour but d’assoir une stratégie de mise en valeur du secteur et de la production nationale à moyen et long terme.


Astăzi îți oferim o experiență unică de pariuri într-un cazinou românesc https://balgarskiezik.org/ incredibil și poți conta pe bonusuri generoase pe lângă oportunitatea unică de a-ți testa sloturile preferate în modul demo!

Références

Références
- 1 Un groupe de 100 à 200 annonceurs pour la télévision et 300 à 400 pour la radio
- 2 Rapport « ICMR 2013» de l’Ofcom, figure 1.2, la page 21
- 3 Monique DAGNAUD « Télévision publique : le match France-Angleterre », Texte paru dans laviedesidees.fr, le 18 avril 2008
- 4 Monique DAGNAUD « Télévision publique : le match France-Angleterre », Texte paru dans laviedesidees.fr, le 18 avril 2008;
- 5 Statistiques de l’observatoire européen de l’audiovisuel ainsi que les rapports d’activité de la BBC et du GFT et les discussions autour du débat national sur la télévision publique au Sénat de la république française ;
- 6 Les Cahiers de la DG du Trésor de France – n° 2012-01 – Juillet 2012 – p. 35
- 7 Voir : http://www.obs.coe.int/oea_publ/iris/iris_plus/iplus4LA_2010.pdf.fr
- 8 Loi de finance de 1996,  Article 44 des comptes spéciaux du trésor ;
- 9 Décret-loi n° 2-02-663 du 2 rejeb 1423 (10 septembre 2002) portant suppression du monopole de l’Etat en matière de radiodiffusion et de télévision ;
- 10 Réforme en 1998, 2004, 2006 et la dernière en 2013
- 11 Mathieu Chassang : « Le marché publicitaire marocain en 2011 : spécificités et opportunités », www.lnt.ma
- 12 Les deux Gouvernements d’ELYoussefi I et II
- 13 L’affaire Mehdaoui et Bouachrine
- 14 Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, qui joue le rôle de régulateur du secteur et l’organe en charge de délivrer les Licences d’exploitation
- 15 A l’image de la Loi Léotard en France.
- 16 Balima Serge et Mathien Michel (dir.), Médias de la diversité culturelle en Afrique. Entre traditions et mondialisation (dir.), Bruxelles, Larcier-Bruylant, 2012. Glevarec Hervé, Macé Éric, Maigret Éric, Cultural Studies. Anthologie. Paris, Armand Colin et Ina éditions, coll. « Médiacultures », 2009.


Pour citer cet article

, "Le populisme journalistique au Maroc : quelles frontières entre les pratiques individuelles et la déontologie sectorielles ?", REFSICOM [en ligne], Le populisme entre politique et représentation médiatique, mis en ligne le 13 juillet 2020, consulté le Tuesday 18 August 2026. URL: https://refsicom.org/720


Droits d’auteur

Les contenus de la revue REFSICOM sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.