L’identité nationale canadienne et son altérité réfugiée : quel rôle pour les Syriens ?

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Résumés

Cet article s’intéresse aux représentations discursives des réfugiés syriens et du Canada au sein de trois journaux canadiens (Le Droit, The Globe and Mail et The Ottawa Citizen). Dans cet article, nous exposons que les trois journaux construisent les réfugiés syriens comme étant dépourvus d’agentivité ; seuls les Canadiens étant représentés comme ayant de l’agentivité. Dans ce contexte, la société canadienne est alors construite comme étant une société généreuse, bienveillante, tolérante et visant à l’intégration des réfugiés syriens au « nous » canadien.
This article explores the discursive representations of Syrian refugees and of Canada within three Canadian newspapers (Le Droit, The Globe and Mail and The Ottawa Citizen). In this article, we demonstrate that the three papers construct Syrian refugees as being deprived of agency ; only Canadians are depicted as having agency. In this context, Canadian society is thus constructed as being a generous, welcoming, and tolerant society that aims to integrate Syrian refugees to the Canadian “we”.

Texte intégral

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Introduction et problématique

Alors qu’en 2015-2016, l’arrivée des demandeurs d’asile/réfugiés syriens était source de polarisation au sein de diverses sociétés, au Canada, le chef du parti libéral, Justin Trudeau, gagnait les élections fédérales en promettant (entre autres) la réinstallation permanente en sol canadien d’au moins 25 000 réfugiés syriens. À première vue, cette promesse électorale – qui fut respectée – renforce l’image du Canada, sur la scène internationale, comme étant à la fois un pays ouvert à l’immigration ainsi qu’une société multiculturelle et post-raciale (Fleras, 2014). La société canadienne serait alors un lieu où les membres de cette société peuvent exprimer, dans l’espace public, leurs identités ethniques, culturelles et linguistiques, et ce, sans subir d’oppression en lien avec ces appartenances identitaires. Le Canada permettrait alors, d’une part, l’expression de la diversité et d’autre part, réfuterait les discours racistes, c’est-à-dire les discours supposant une supériorité raciale ou supposant une incompatibilité culturelle entre les groupes.

Dans cet article, nous présenterons un regard critique sur cette représentation de la nation canadienne en tant que société ouverte à l’accueil des migrants et tolérante à la diversité. En observant les représentations médiatiques des réfugiés syriens et du Canada au sein de trois journaux (The Globe and Mail, The Ottawa Citizen et Le Droit), cet article s’intéresse plus particulièrement aux modalités discursives de l’intégration des réfugiés syriens au sein de la société canadienne.

Ailleurs (Winter, Beauregard et Patzelt (2018)), nous avons soutenu que le traitement médiatique des réfugiés syriens au Canada est avant tout un discours sur la société canadienne. Les représentations sur les réfugiés syriens sont principalement utilisées pour construire la société canadienne comme étant généreuse et inclusive. En incorporant du nouveau matériau empirique à cette recherche précédente ainsi qu’en nous inspirant des travaux de Bauder (2011) sur l’imaginaire national ainsi que ceux de Wodak et ses collègues (Wodak et Meyer, 2016 ; Wodak et al., 2009 ; Reisigl et Wodak, 2001) en analyse critique du discours, dans ce présent article, nous renforçons et approfondissons notre thèse précédente. Ainsi, dans les pages suivantes, nous démontrons que le regard posé par les médias sur les réfugiés syriens est un regard paternaliste qui vise à faire valoir la bienveillance et la tolérance canadienne. En illustrant que la société canadienne intègre l’altérité en son sein, les discours médiatiques appuient l’idée que la société canadienne est ouverte et tolérante à l’égard des groupes minoritaires.

Notre article est structuré comme suit : dans un premier temps, nous présentons une description du contexte et de l’état de la littérature académique. Puis, nous exposons nos cadres théorique et méthodologique. Quant à l’analyse, celle-ci se fait en deux temps : d’abord, nous traitons des représentations des réfugiés syriens et, par la suite, celles du Canada. Enfin, nous terminons l’article par une discussion et une courte conclusion.

Contexte et revue de littérature

À l’été 2015, dans le contexte d’une guerre civile violente, plusieurs pays européens prirent conscience de l’exode des Syriens. En revanche, le Canada sembla peu affecté par la « crise des réfugiés ». En effet, en 2015, plus d’un million de demandeurs d’asile provenant de la Syrie et des pays voisins avaient rejoint l’Europe en traversant la mer Méditerranée ou en empruntant la route des Balkans (International Organization for Migration, 2015), et ce, alors que le nombre de réfugiés syriens que le Canada prévoyait accueillir était minime : le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait prévu accueillir 10 000 réfugiés syriens entre 2015 et 2018.

La faible réponse du Canada à la crise des réfugiés syriens se trouva transformée le 3 septembre 2015 lorsque les différents médias nationaux et internationaux médiatisèrent la photo du corps du jeune garçon, Alan Kurdi, mort noyé alors qu’il tentait de traverser la mer Méditerranée dans le but de rejoindre l’Europe. Le Canada devenait coupable de cette tragédie par le fait que la tante du jeune garçon, étant citoyenne canadienne, avait entrepris des démarches bureaucratiques pour parrainer ses frères, démarches refusées par les autorités canadiennes. Le décès d’Alan Kurdi participa alors à ce que la crise des réfugiés syriens devienne un « enjeu central lors des élections » fédérales (Ramos, 2016). Dans ce contexte, le chef du parti conservateur, Stephen Harper, promit d’accélérer l’accueil de 10 000 réfugiés syriens tandis que le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, promit, quant à lui, d’accueillir 25 000 réfugiés syriens en quelques mois. Une fois élus, Trudeau et son cabinet planifièrent, effectivement, l’accueil de ces réfugiés. En date du 31 mai 2018, 54 560 réfugiés syriens avaient été accueillis au Canada (Gouvernement du Canada, 2018).

Si les discours politiques canadiens abordèrent la situation des réfugiés syriens ainsi que leur accueil et leur intégration, ces informations et représentations sont filtrées et amplifiées par les médias de masse. Ayant un rôle essentiel dans la formation des identités collectives et individuelles, les journaux, notamment, participent à créer l’imaginaire national et, donc, à définir le « nous » collectif ainsi que l’« altérité » (Spencer, 2014).

Dans la littérature académique, on insiste sur le fait que la construction de l’imaginaire national est souvent alimentée par un sens de supériorité. En ce qui trait au Canada, Bauder (2005) fait valoir que la presse écrite a tendance à représenter la nation canadienne comme étant supérieure aux pays dont proviennent les migrants. Les Canadiens y sont alors dépeints comme des individus bienveillants, accueillants et opposés aux diverses formes de discrimination (Parkin et Mendelsohn, 2003). Au fil des ans, il s’est donc développé l’image d’un Canada sécuritaire qui peut offrir refuge aux migrants en plus d’être défenseur des droits de la personne.

Parallèlement à cette représentation, l’image qu’on se fait au Canada des migrants s’est détériorée. Certains migrants – et surtout les réfugiés – sont perçus comme représentant une menace – voire comme une invasion – au mode de vie canadien et pour laquelle le Canada doit se protéger (Krishnamurti, 2013 ; Horsti, 2016). De plus, l’emploi de termes désobligeants et négatifs, tels qu’« illégal », « criminel », « bidon » et « fraudeur » (Gilbert, 2013, 833) dans les médias canadiens pour représenter les demandeurs d’asile mexicains ont servi, selon Gilbert (2013) à rendre plus « naturelle » la distinction entre « eux » et « nous » ainsi qu’à normaliser les discours racistes concernant ces demandeurs d’asile.

Pour Horsti (2016), plus les migrants sont représentés comme étant différents du « nous » national, moins ils seront considérés comme des individus méritant d’obtenir de l’aide et de la protection. L’appartenance des migrants à un groupe racisé est alors utilisée pour expliquer les difficultés d’intégration rencontrées par les migrants. Par ailleurs, les médias jouent un rôle fondamental dans l’intégration des migrants à la société d’accueil : en proposant un discours majoritairement négatif, cela mène « au refus, par la société d’accueil, d’intégrer les minorités et au ralentissement de l’intégration pour ces derniers » (Christoph, 2012, 100).

En ce qui concerne plus particulièrement les réfugiés syriens, au Canada, un écart important peut être constaté : alors que plusieurs cohortes de demandeurs d’asile/réfugiés ont été représentées, dans les médias, comme des « migrants illégaux » (Greenberg et Hier, 2001), des « réfugiés frauduleux » (Diop, 2014) ou encore comme des « terroristes » (Medianu, Sutter, et Esses, 2015), ceci ne semble pas être tout à fait le cas des Syriens. Plusieurs recherches s’intéressant spécifiquement à ce groupe illustrent que ces réfugiés ont eu droit, dans une certaine mesure, à un traitement plus positif de la part des médias que celui habituellement réservé aux demandeurs d’asile. Wallace (2018), par exemple, constate qu’à la suite du décès d’Alan Kurdi, les médias canadiens construisent un portrait « humanisant » (Wallace, 2018, 207) des réfugiés. En revanche, Tyyskä et al. (2017) ainsi que Winter, Patzelt et Beauregard (2018) insistent sur les rapports de domination sous-jacents à la relation entre la société canadienne et les réfugiés syriens dans les médias. Les réfugiés seraient construits comme étant « sans agentivité et vulnérables » (Tyyskä et al., 2017, 4). De plus, l’imaginaire national canadien ne permet pas de penser un éventuel retour des réfugiés syriens en Syrie (Winter, Patzelt, et Beauregard, 2018, 29).

Cadre théorique

Pour analyser les articles du Globe and Mail, du Ottawa Citizen et du Droit, nous mobilisons, entre autres, les approches théoriques développées par l’analyse critique du discours. Au sein de ces approches, le discours est appréhendé sous sa forme sociale. Plus précisément, le discours est perçu comme étant une pratique sociale permettant la création et le maintien de la société (Wodak et Meyer, 2016). Divers processus et phénomènes sont alors discursifs. Par exemple, l’identité collective (dont l’identité « nationale ») est une construction discursive : en organisant la réalité sociale, le discours permet donc de déterminer qui est membre et non-membre d’une nation (Wodak et al., 2009). Sur ce dernier point, notons que tant au niveau conceptuel qu’au niveau matériel, les discours définissent l’appartenance (ou non) aux groupes sociaux. Par conséquent, la construction de l’identité nationale est un phénomène discursif dans la mesure où elle nécessite une conceptualisation (ou représentation) de l’altérité (et de la nation) et où elle implique des distinctions matérielles (entre les membres du groupe (« nous ») et les non-membres du groupe (« eux »)).

Discursivement, l’appartenance (ou l’intégration) à la nation peut se manifester de façon diverse. Ici, nous mobilisons l’approche théorique développée par Bauder (2011) au sein de son ouvrage Immigration Dialectic. Imagining Community, Economy, and Nation. Inspiré par la dialectique hégélienne, Bauder (2011) présente deux processus – voire stratégies discursives – utilisés afin d’intégrer (ou non) le migrant au sein de l’imaginaire national, soit la négation ainsi que la sublimation.

Le premier moment de la dialectique relève de la négation. Par ce processus, les membres de la nation définissent ce qu’ils ne sont pas. En effet, il faut noter que la définition du « nous » collectif implique, préalablement, la définition de l’altérité. Autrement dit, les membres de la nation ne peuvent pas se définir s’ils ne construisent pas, dans un premier temps, l’altérité. Appliqué à l’identité nationale, le concept de négation suppose donc que les migrants sont nécessaires à la construction de l’identité de la nation : sans l’altérité représentée par les migrants, la nation ne pourrait pas exister (Bauder, 2011).

En ce qui a trait au second moment de la dialectique, celui-ci relève de la sublimation. Ce processus, qui peut survenir à la suite de la négation, permet l’intégration de l’altérité à la nation. Plus précisément, par ce processus, les individus associés à l’altérité sont incorporés à l’imaginaire national. Autrement dit, ce processus permet d’imaginer les individus qui représentent l’altérité, comme des membres constitutifs du « nous » national. Ainsi, par la sublimation, les individus qui représentaient, précédemment l’altérité, deviennent membres du « nous » collectif (Bauder, 2011). Concrètement, la sublimation suppose que divers mécanismes sociaux sont utilisés afin d’intégrer l’altérité à la nation (Bauder, 2011).

L’observation de ces deux processus nous permet de saisir les modalités discursives de l’intégration des réfugiés syriens au sein de l’imaginaire national canadien. L’appartenance (ou non) à la nation canadienne étant déterminée, entre autres, au moyen des deux processus de la dialectique nation-immigration. Évidemment, d’autres stratégies discursives sont mobilisées afin de construire l’imaginaire national canadien (par exemple, les stratégies de nomination, d’attribution, d’argumentation, de perspectives et d’intensification ou d’atténuation (Reisigl et Wodak, 2001)). Toutefois, nous considérons que celles-ci sont sous-jacentes aux processus de la dialectique hégélienne. Plus précisément, les stratégies discursives mobilisées par les discours (médiatiques ou non) s’articulent à la construction dialectique de l’imaginaire national, et ce, « en présentant des images des individus appartenant à la nation, de ceux n’y appartenant pas, ainsi que de ceux qui ont la possibilité d’y appartenir » (Bauder, 2011, 47). Les stratégies discursives sont alors, en quelque sorte, organisées selon les processus de la dialectique hégélienne.

Méthodologie

Pour cet article, trois journaux canadiens furent observés, soit Le Droit, The Globe and Mail et The Ottawa Citizen. Notons alors que The Globe and Mail est un journal distribué à l’échelle nationale tandis que les deux autres (The Ottawa Citizen et Le Droit) sont des journaux régionaux/locaux distribués à l’échelle de la capitale nationale : Ottawa (Ontario) et sa ville voisine, Gatineau (Québec). Ces journaux ont beaucoup d’influence dans la mesure où ils sont parmi les journaux les plus lus au Canada et dans la région de la capitale nationale. Au niveau du positionnement idéologique, les trois journaux peuvent être associés au centre droit. Sans pour autant généraliser nos résultats à l’ensemble des journaux canadiens, l’observation de ces trois journaux nous permet d’appréhender la construction de l’imaginaire national canadien dans la presse écrite.

Pour collecter nos données, deux bases de données furent utilisées, soit Factiva, pour les articles en anglais, et Eureka.cc, pour les articles en français. Les articles (nouvelle et opinion) que nous avons collectés ont été publiés dans la version papier des journaux ciblés dans les deux semaines suivants l’un de trois événements, soit la noyade d’Alan Kurdi, le 2 septembre 2015, les attentats de Paris, le 13 novembre 2015 et les agressions sexuelles survenues à Cologne au Nouvel An 2015/2016. Ces événements ont été choisis puisqu’ils ont été marquants sur la scène médiatique internationale et qu’ils impliquaient, d’une façon ou d’une autre, les réfugiés/demandeurs d’asile syriens. En effet, notons que la photographie du corps d’Alan Kurdi a sensibilisé la population canadienne à la crise des réfugiés syriens tout en plaçant cette crise au cœur des discussions politiques alors que pour les attentats terroristes à Paris ainsi que pour les agressions sexuelles survenues à Cologne, les réfugiés/demandeurs d’asile (syriens) ont été suspectés d’avoir participé à ces crimes, menant à ce que la population et les médias soient plus hostiles à l’accueil de réfugiés/demandeurs d’asile.

Afin de guider notre collecte, nous avons employé les séries de mots-clés suivants :

  • Pour The Globe and Mail et The Ottawa Citizen, les mots-clés suivants ont été utilisés : (syr* AND refuge* AND Kurdi), (syr* AND refuge* AND Paris) et (syr* AND refuge* AND (Germany OR Cologne)).
  • Pour Le Droit, les mots-clés suivants ont été utilisés (syr* ET réfugié* ET Kurdi), (syr* ET réfugié* ET Paris) et (syr* ET réfugié* ET (Allemagne OU Cologne)).

Les doublons ainsi que les articles n’abordant pas les réfugiés syriens ou l’un des trois événements ne furent pas retenus pour la constitution de notre corpus. 226 articles composent alors notre corpus : 94 furent publiés dans The Globe and Mail, 92 proviennent du Ottawa Citizen et 40 ont été publiés dans Le Droit.

Comme mentionné précédemment, notre analyse mobilise à la fois les approches théoriques et méthodologiques de l’analyse critique du discours ainsi que la dialectique nation-immigration de Bauder. Pour ce faire, nous avons développé une grille d’analyse nous permettant de faire ressortir les pratiques discursives utilisées, par les auteurs des articles étudiés, pour construire et représenter les réfugiés syriens ainsi que la nation canadienne. En ce qui a trait aux auteurs des textes, il faut noter que, selon certaines études, les groupes racisés et autochtones sont sous-représentés dans les salles de nouvelles des différents médias canadiens (Pritchard et Sauvageau, 1999, 16‑17 ; Miller, 2005, 2).

Par ailleurs, notons qu’au sein de notre corpus, il n’y a pas de grandes divergences discursives entre les trois journaux, la plupart des tendances abordées se trouvant dans chacun des journaux analysés. Conséquemment, nous n’avons pas adopté une approche comparative : les trois journaux sont donc traités comme un seul ensemble de textes médiatiques. Notre analyse se fait en deux temps. Tout d’abord, nous traitons des représentations des réfugiés. Puis, nous décrivons la construction de l’identité nationale canadienne.

Enfin, dans cet article, les références (pour les articles constituant notre corpus) sont présentées selon le nom du journal, l’année, le mois, le jour ainsi que le nom du journaliste (par exemple : OC20151117-Fisher). Les traductions présentes dans cet article sont les nôtres.

Analyse

Les représentations des réfugiés syriens

Au sein de notre corpus, les articles retenus portaient tous, d’une façon ou d’une autre, sur les réfugiés syriens. Toutefois, il faut noter que la plupart des articles ne décrivent pas les réfugiés syriens et leur situation. Au contraire, ce qui intéresse davantage les médias, ce sont les réactions des citoyens à la « crise des réfugiés » ainsi que celles des politiciens canadiens. Dans les articles qui traitent plus particulièrement des réfugiés, les représentations s’articulent autour de deux axes : d’une part, il existe des représentations des réfugiés syriens comme étant des individus désespérés et sans agentivité et d’autre part, il y a des représentations de ces réfugiés comme étant source de danger.

Premièrement, dans les trois journaux, ce sont les Canadiens qui sont les principaux acteurs. Autrement dit, les réfugiés syriens sont relégués à un rôle subalterne, et ce, au sein de leurs propres histoires. En effet, rares sont les opportunités où ils peuvent se définir et où ils peuvent décrire leur réalité : seuls quelques articles publiés à la suite du décès d’Alan Kurdi leur permettent de prendre la parole. Notons alors que cette prise de parole est instrumentalisée afin de les construire comme des individus désespérés : « ‘‘Je suis une femme peu éduquée’’, dit-elle. ‘‘Je suis venue ici, aujourd’hui, c’est pour demander de l’aide pour ma fille qui a besoin de dialyse. J’ai peur qu’elle meure. Mon beau-fils, Ahmed Hajar, a disparu, en Syrie, l’an passé et nous pensons qu’il est mort. Nous sommes sans espoir’’ » (OC20151117-Fisher).

Ce désespoir apparaît de façon récurrente au sein des trois journaux. Bien souvent dépourvus de presque toute agentivité, les réfugiés syriens sont représentés comme se déplaçant d’un endroit à l’autre, à la recherche d’un lieu où ils seront en sécurité : « Ce sont des réfugiés qui vivent dans des camps depuis plusieurs années dans l’espoir qu’on leur trouve une place quelque part sur la planète » (LD20151121-Lavoie). Malgré le fait que les journaux présentent les réfugiés syriens comme étant à la recherche d’un lieu sécuritaire, les journaux reconnaissent très peu qu’ils ont eu un passé et une vie (prospère) sans avoir une identité de réfugié – les guerres et les conflits ne définissant pas les réfugiés (Kyriakides et al., 2018) – et qu’ils doivent eux-mêmes prendre la décision de quitter la Syrie, et ce, au péril de leurs vies. En effet, les articles étudiés démontrent que les possibilités de fuir la crise syrienne reposent principalement sur l’agentivité des Canadiens : les réfugiés syriens sont alors construits comme des individus subissant, c’est-à-dire des individus dénués d’agentivité et qui ne peuvent qu’espérer l’aide d’agents extérieurs. Le Canada y est présenté comme le pays pouvant les sauver. Le Canada est construit en négation aux réfugiés syriens qui sont désespérés, vulnérables et sans agentivité. La nation canadienne est donc représentée comme étant une société ayant l’agentivité nécessaire pour accueillir les réfugiés syriens et leur offrir une nouvelle vie : « La réponse appropriée à cette crise est d’immédiatement passer à l’action en acceptant certains de ces individus désespérés. […] Nous devrions […] accueillir certaines familles désespérées, particulièrement celles avec de jeunes enfants » (GM20150905-Maher).

Il y a pourtant une exception à la règle : la plupart des textes publiés dans The Globe and Mail à la suite de la noyade d’Alan Kurdi représentent les réfugiés en tant qu’acteurs importants au sein de leurs histoires tout en leur accordant, bien souvent, la parole afin qu’ils puissent décrire leur propre réalité. Par exemple, dans un article, la parole est donnée à un réfugié syrien pour qu’il puisse exposer son point de vue sur la situation qu’il vit : « Majd Agha, un réfugié syrien de 22 ans pris en charge par le gouvernement, affirme qu’il est reconnaissant de tout ce que le gouvernement canadien a fait pour l’aider. Il est arrivé en Colombie-Britannique en juin 2014 et il suit présentement des cours au Collège Langara. ‘‘Toutefois, je dois dire’’, dit-il jeudi, ‘‘en tant que Syrien et en tant que futur citoyen canadien… le Canada peut faire plus’’ » (GM20150911-Woo).

Même si ces représentations d’agentivité et ces revendications restent une exception, la citation précédente démontre qu’il existe, au sein des journaux étudiés, des instances où les réfugiés syriens sont incorporés à l’imaginaire national canadien (sublimation). Cette intégration au « nous » canadien se manifeste, entre autres, par des représentations de réfugiés syriens comme étant de « nouveaux canadiens » (GM20150910-Hager) ou de « nouveaux compatriotes » (OC20151117-Audet). Toutefois, elles impliquent que l’intégration dépend des Canadiens. En effet, dans les médias étudiés, l’intégration n’est pas comprise comme un processus relationnel où tant la société d’accueil que les migrants font des efforts afin d’assurer son succès. Dans les premiers mois de la mise en œuvre de la réinstallation des réfugiés syriens (septembre à décembre 2015), seul le Canada est perçu comme mettant en place des mesures pour veiller à l’intégration des nouveaux arrivés. Les efforts et les compromis faits par les réfugiés pour s’intégrer à la société canadienne sont largement ignorés dans la couverture médiatique.

Deuxièmement, la conception des réfugiés syriens comme étant des victimes (impuissantes) de la guerre s’estompe avec le temps. À la suite des attentats terroristes à Paris de même qu’après les agressions sexuelles survenues à Cologne, les questions de sécurité à l’égard des réfugiés sont de plus en plus manifestes au sein des discours médiatiques. Alors qu’en septembre 2015, les articles reconnaissaient que les réfugiés devaient être interviewés par un agent d’immigration canadien (OC20150917-Berthiaume) tout en procédant à des contrôles de sécurité (GM20150910-Chase), les discours publiés en novembre et janvier adoptent un ton différent. La plupart des réfugiés deviennent, en quelque sorte, porteurs de risque. L’idée que « certains terroristes pourraient tenter de se faufiler parmi les réfugiés » (LD20151117-Blanchfield) domine alors les discours abordant les enjeux sécuritaires. Les réfugiés syriens pouvant compromettre la sécurité des citoyens canadiens. De plus, l’analyse des trois journaux nous permet de constater un traitement genré des réfugiés. Alors qu’en septembre 2015, les réfugiés sont représentés comme formant un groupe d’individus (homogène) victimes de la guerre et ayant besoin d’aide, les représentations des réfugiés, en novembre 2015 et janvier 2016, présentent plutôt les réfugiés selon deux groupes : d’une part, il y a les victimes légitimes du conflit syrien (les familles et, plus particulièrement, les femmes et les enfants) et d’autre part, il y a certains réfugiés (les hommes seuls) qui sont perçus comme représentant une menace pour la société canadienne. Par exemple, dans un article du Droit, l’auteur du texte reconnaît que les hommes réfugiés puissent poser, pour certains, des risques à la sécurité, et ce, contrairement aux femmes et aux enfants : « D’accord, vous avez peur ? Au moins, qu’on se dépêche de faire émigrer les femmes et les enfants au Canada » (LD20151119-Duquette). Ce traitement différencié selon l’appartenance de genre se manifeste, entre autres, par le refus d’accueillir, tant au niveau municipal qu’au niveau national, des hommes seuls : « Le maire de Québec, Régis Labeaume, avait dit la semaine dernière qu’il ne souhaitait pas accueillir de “gars de 20 ans frustrés” dans sa ville » (LD20151123-Teisceira-Lessard).

Par ailleurs, dans ce contexte de représentations genrées, notons que le Canada est construit, par la négation, comme une nation sécuritaire. Plus précisément, les menaces que représentent les hommes réfugiés syriens (seuls) ne trouvent pas d’équivalent dans la société canadienne. Cette société est alors une société paisible, non violente et égalitaire.

Les représentations du Canada

Alors que les réfugiés syriens sont construits comme des individus en danger et en situation de vulnérabilité, le Canada est perçu comme une nation paisible et sécuritaire. Coexistant à ces représentations, notons l’émergence, au sein des discours sur les réfugiés syriens, d’un discours portant sur la nature – voire l’essence – de la nation canadienne. Au sein de notre corpus, le discours sur cette nature se développe en deux temps.

En premier lieu, le discours, présent dans les semaines suivant le décès d’Alan Kurdi, porte sur la réponse, considérée comme inadéquate, du gouvernement de Stephen Harper à la crise des réfugiés syriens. Le gouvernement Harper est fortement critiqué au sein des trois journaux étudiés. Pour ce faire, les articles représentent le gouvernement conservateur comme étant inactif – voire passif –, comme ayant peu d’initiative et comme ne proposant pas de solutions pertinentes à la crise. Par exemple, en exposant les démarches bureaucratiques entreprises par Tima Kurdi, la tante d’Alan, pour parrainer ses deux frères, un article du Ottawa Citizen explique qu’en raison de leurs situations précaires, le seul moyen (avant la mise en place des programmes de réinstallation), pour certains réfugiés syriens, de venir au Canada était au moyen d’une intervention directe du ministre de l’Immigration. Toutefois, l’article dénonce que le ministre ne soit pas intervenu dans le dossier des frères Kurdi, et ce, en le soulignant explicitement : « Sans l’intervention directe d’Alexander sous la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, les dossiers de la famille de Mohammad [Kurdi] et de la famille d’Abdullah [Kurdi] sont sans espoir » (OC20150910-Glavin). Dans ce contexte, la société canadienne est construite comme une société hyper bureaucratique et hyper organisée. En opposition à cette société, les réfugiés syriens sont représentés comme étant des individus ayant difficilement accès à leurs papiers – papiers nécessaires pour venir au Canada (OC20150911-The Canadian Press).

Face à un discours où le gouvernement canadien est inactif, quelques arguments sont mobilisés, tant dans les articles du Globe and Mail que dans les articles du Ottawa Citizen ou du Droit, pour justifier la nécessité, pour le Canada, de s’impliquer davantage auprès des réfugiés. Le Canada est alors construit comme une nation généreuse et impliquée, qui a une responsabilité ou une obligation morale à aider et qui a une réputation humanitaire à maintenir : « Le Canada a une belle occasion de renforcer sa réputation de terre d’accueil, tout en offrant un exemple d’ouverture à certains pays d’Europe qui préfèrent ériger des barrières devant les hordes de réfugiés » (LD20150904-Duquette).

Dans un contexte où le gouvernement Harper est perçu comme compromettant l’« âme » du Canada (GM20150905-Elghawaby-Farber), il existe un discours qui propose plutôt une conception du « vrai » Canada, soit une société généreuse. Dans les trois journaux, l’on assiste alors à la médiatisation des initiatives citoyennes (organismes, citoyens ou politiciens locaux) visant l’accueil et l’intégration des réfugiés syriens. En effet, plusieurs articles abordent la volonté d’aider ainsi que l’organisation des citoyens, des municipalités et des organismes canadiens pour parrainer des réfugiés syriens. (GM20150904-Sachgau-Chowdhry ; GM20150904-Howlett ; OC20150911-The Canadian Press). En négation à l’image des Canadiens comme étant prêt à aider et comme étant généreux, les réfugiés syriens sont représentés comme dépendants de l’agentivité des Canadiens. En effet, au sein des articles étudiés, les acteurs à qui l’on attribue de l’agentivité sont ainsi des individus, des organismes ou des institutions canadiennes. Le discours insiste alors sur le dynamisme de ces derniers : « Trudeau affirma que son gouvernement a été encouragé et touché par la vague de soutien à l’égard des réfugiés, et ce, à travers le pays » (OC20151126-Fekete).

En second lieu, alors que les discours critiques du gouvernement Harper faisaient, généralement, consensus au sein des pages des trois journaux, il faut noter que le discours sur la « vraie » nature du Canada, soit les initiatives citoyennes, s’efface, au fur et à mesure que les enjeux de sécurité liés aux réfugiés syriens sont médiatisés (plus particulièrement, à la suite des élections fédérales, des attentats terroristes de Paris et des agressions sexuelles survenues à Cologne). Plus précisément, sans pour autant remettre en question l’ouverture du Canada et sa tradition humanitaire, les articles des trois journaux n’insistent plus (ou du moins rarement) sur les initiatives citoyennes privées. Dans un contexte où les réfugiés posent un risque potentiel à la sécurité, les citoyens ne sont plus appelés à s’impliquer directement auprès des réfugiés. Il est pourtant intéressant de noter que le Canada demeure représenté comme une société dont l’essence est d’être ouverte et accueillante à l’égard des groupes minoritaires, et ce, même si le discours représentant les citoyens canadiens comme étant mobilisés et impliqués s’efface. Par exemple, dans l’extrait suivant, l’on insiste sur la bienveillance canadienne ainsi que le pacifisme et la richesse de cette nation : « Il y aura aussi des difficultés, des complications et des imprévus. Mais la satisfaction d’aider des êtres humains qui n’ont pas eu la chance, comme nous, de naître dans un pays riche et pacifique, sera plus forte encore » (LD20151121-Lavoie). L’imaginaire national canadien en tant que nation généreuse semble alors suffisamment intériorisé par les Canadiens qu’il n’est plus jugé nécessaire par les journalistes de le renforcer par la médiatisation d’initiatives canadiennes. Autrement dit, l’imaginaire national canadien en tant que pays d’immigration accueillant des migrants de partout est maintenu et soutenu même si les Canadiens ne sont plus appelés à s’impliquer auprès des réfugiés.

Discussion

Dans cet article, nous avons jeté un regard critique sur la construction de la société canadienne comme étant « naturellement » ouverte à l’immigration et accueillante à la diversité ethnique. Plus particulièrement, nous nous sommes intéressées à la relation dialectique entre l’identité nationale canadienne et son altérité réfugiée dans le contexte des programmes de réinstallation des réfugiés syriens à l’automne 2015.

En nous inspirant de la théorie en analyse critique du discours, nous avons analysé les représentations des réfugiés syriens dans trois journaux canadiens, dont un journal à distribution nationale (en langue anglaise) et deux à distribution régionale (en langues anglaise et française). Contrairement à nos attentes, nous n’avons pas pu constater des différences signifiantes entre les trois journaux.

Comme mentionné précédemment, la négation et la sublimation se manifestent au sein des discours étudiés. D’une part, par la négation, les discours médiatiques observés présentent un portrait des réfugiés syriens ainsi que des Canadiens comme étant relativement opposés. Les premiers étant sans agentivité et pouvant être considérés comme une menace à l’intégrité physique des Canadiens (principalement les hommes) tandis que les seconds agissent activement pour intégrer les réfugiés en plus de former un groupe sécuritaire et égalitaire. D’autre part, par la sublimation, les articles observés présentent une compréhension des réfugiés syriens comme pouvant être intégrés au « nous » canadien. Sur ce dernier point, notons qu’à la suite de la noyade d’Alan Kurdi, les discours, des trois journaux étudiés, construisent les réfugiés syriens comme étant vulnérables et dépendants de la générosité ainsi que de la bienveillance des Canadiens pour être « sauvés » et, par le fait même, être inclus au « nous » national. Cette construction des réfugiés participe à renforcer une image du Canada comme étant une société ouverte à l’immigration et comme étant multiculturellement tolérante. Dans ce contexte, la nation canadienne est représentée comme étant, dans son essence, accueillante. Conséquemment, les Canadiens s’impliquant auprès des réfugiés incarneraient la « vraie » nature du Canada alors que toute hésitation à aider les victimes de la guerre serait perçue comme n’étant pas conforme aux normes et valeurs canadiennes.

Par ailleurs, la sublimation est un processus à la fois symbolique et matériel. Par conséquent, l’appartenance à la nation canadienne se manifeste tant au niveau de l’univers symbolique qu’au niveau des manifestations concrètes. Toutefois, au sein du corpus étudié, la sublimation des réfugiés ne se présente que symboliquement. Autrement dit, les articles reconnaissent les réfugiés syriens comme étant de nouveaux Canadiens (dimension symbolique) tandis que l’appartenance concrète à la nation canadienne (dimension matérielle) est difficilement observable. En effet, les articles étudiés insistent sur le besoin de sensibiliser et d’éduquer les réfugiés syriens aux normes et valeurs de la société canadienne. Par exemple, un article cite la ministre de la Santé, Jane Philpott : « La phase d’intégration, qui ultimement est la phase la plus importante, est de s’assurer que ces réfugiés syriens s’intègrent bien à la culture canadienne, qu’ils comprennent nos valeurs et pratiques culturelles » (LD20160114-Olivier). Par cette citation, nous pouvons comprendre que la sublimation matérielle n’est pas tenue pour acquise, et ce, alors que la sublimation symbolique semble facilement reconnue par les membres de la société canadienne. L’appartenance matérielle des réfugiés syriens à la nation canadienne est alors conditionnelle à la faible agentivité des réfugiés. En d’autres mots, les Canadiens ont la responsabilité (morale) d’enseigner aux réfugiés les normes et valeurs occidentales. La sublimation matérielle des réfugiés au « nous » canadien se trouve, également, affaiblie par les discours sécurisants à la suite des attentats terroristes à Paris et des agressions sexuelles survenues à Cologne. En effet, la représentation de l’identité nationale (canadienne) bienveillante, tolérante et inclusive nécessite la soumission des réfugiés à l’agentivité canadienne : les réfugiés qui prennent eux-mêmes, en main, leur sort, qui sont jugés non-reconnaissants à l’aide reçu, qui sont jugés potentiellement « terroristes » ou qui sont jugés socio-culturellement non-conformes rendent difficile la construction de cette image complaisante du « nous » canadien. Ces derniers permettent alors de démontrer les « limites » de toute bienveillance, tolérance et inclusion : les représentations des réfugiés « non-méritants » servant pour désigner les frontières du « nous » (négation).

Enfin, notons que dans les médias analysés, les événements survenus à Paris et à Cologne sont représentés comme étant « loin » (géographiquement et socioculturellement) de la réalité canadienne. Ils ne mettent pas fin à la représentation du Canada comme société d’accueil inclusive, et ce, dans la mesure où ils ne bouleversent pas de manière fondamentale la représentation des réfugiés syriens « canadiens » comme étant des victimes (de guerre) méritants. Bref, dans l’ensemble, les représentations des réfugiés syriens sont plus positives que celles que les médias ont tendance à émettre à propos d’autres migrants dits « illégaux » ainsi que certains groupes minoritaires religieux ou racisés et/ou demandeurs d’asile (Vicsek, Keszi, et Markus, 2008 ; Christoph, 2012). Conséquemment, il faut s’interroger quant à la particularité des réfugiés syriens – dont la grande majorité est arrivée au Canada par les biais des programmes de réinstallation. Dans les médias étudiés, il n’y a pas de remise en question ni de la légitimité de leur statut de réfugié, ni de la légalité de leur présence au Canada. Au contraire, les Syriens y sont représentés, en quelque sorte, comme des réfugiés exemplaires qui ont tranquillement attendus à ce que l’État canadien soit venu les « sauver ». De plus, en créant une image de ces réfugiés comme étant vulnérables, désespérés et sans agentivité, les médias participent à produire et renforcer l’image du Canada étant composé des citoyens forts, fiers et agissants. Cette image de la « société d’accueil » suggère une supériorité culturelle et morale qui, à son tour, revendique l’intégration sans questionnement de la part des nouveaux arrivés.

Conclusion

Pour conclure, le regard posé par les médias sur les réfugiés syriens est un regard paternaliste qui vise principalement à illustrer la bienveillance et la tolérance canadienne. En illustrant que la société canadienne intègre l’altérité en son sein, les discours médiatiques appuient l’idée que la société canadienne est ouverte et tolérante à l’égard des groupes minoritaires. Conséquemment, nous assistons alors à une instrumentalisation des processus de la négation et de la sublimation. En mobilisant ces processus discursifs, les trois journaux canadiens ne définissent pas seulement le « nous » national et l’altérité, mais ils participent également à une surenchère de l’identité nationale collective et une dévaluation de l’altérité. Enfin, le faible espace pour les voix des réfugiés au sein de la presse écrite participe à ce que cette dévaluation et ces rapports de pouvoir inégaux demeurent difficilement contestables.

Remerciements

Cette recherche a bénéficié d’une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (PI: Michael Ungar). Nous sommes également reconnaissantes des commentaires judicieux qui nous ont été faits à travers le processus d’évaluation anonyme et d’un fellowship pour Elke Winter à l’Institut des études avancées de l’Université de Constance, Allemagne.



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Pour citer cette article

, , et , "L’identité nationale canadienne et son altérité réfugiée : quel rôle pour les Syriens ?", REFSICOM [en ligne], Médias et migrations/immigrations 1. Des représentations aux traitements des médias traditionnels, mis en ligne le 23 novembre 2018, consulté le 17 December 2018. URL: http://www.refsicom.org/425