L’immigration clandestine au regard des médias français: reflet d’un nouvel ordre identitaire.

Résumés

La victime est, désormais, une des rares « valeurs » qui fait l’unanimité dans une société où les valeurs et les repères idéologiques sont devenus flous et confus. Pourtant, l’émotion que suscite l’identité de la victime semble se heurter aux questionnements que nourrit l’immigration clandestine et qui apparaissent dans les médias français. Entre la reconnaissance et l’exclusion, l’identité de la victime évolue et fait apparaître les failles du lien social. Cette identité singulière reflète les modèles de référence instaurés par et dans la société représentés dans les médias. Ainsi, cet article se propose d’examiner le traitement médiatique réservé à l’immigration clandestine à partir de l’étude de discours de trois quotidiens nationaux.
Many questions about illegal immigration appear in French media and bring out the emotion that arouses the identity of the victim. This singular identity reflects benchmark models established by and in the society, represented in the media. Therefore, this article suggests examining the media treatment booked for the illegal immigration. The speech of three national daily newspapers seems to indicate us that the identity of victims evolve between gratitude and exclusion.

Texte intégral

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La définition donnée aux victimes est très large et recouvre des réalités sociales diverses (médicales, juridiques, accidentelles, infractionnelles, économiques, technologiques). Vers la fin du 20e siècle, on commence à reconnaître les victimes par rapport à leur souffrance et aux préjudices qui leur sont infligés. L’ONU donne, le 11 décembre 1985, une première définition des victimes : « On entend par victimes, des personnes qui, individuellement, ont subi un préjudice notamment, une atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une perte matérielle ou une atteinte grave à leurs droits fondamentaux, en raison d’actes ou d’omissions qui enfreignent les lois pénales en vigueur dans un État membre, y compris celles qui proscrivent les abus criminels du pouvoir »[1] ELIACHEFF C, SOULEZ-LARIVIERE D., 2007, Le temps des victimes, Paris, Albin Michel, p 147. (Eliacheff, Soulez Larivière, 2007, 147). L’apparition des conflits armés, des génocides et de nombreuses catastrophes en tous genres, ont participé à faire des victimes une des préoccupations internationales. Nul doute que la médiatisation de plusieurs récits victimaires a permis d’exposer l’état désastreux des tunnels routiers en France, suite à la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, qui a engendré 39 victimes mortes en mars 1999. Cette médiatisation a également mis au jour le non-respect des règles de sécurité et la carence des systèmes de contrôle en Corse, lors de l’effondrement de la tribune du stade de Furiani, en mai 1992, causant 18 morts et 2 000 blessés. Cependant, cette forte médiatisation a également suscité de nombreuses critiques. La mort d’un collégien de 12 ans à Meaux, trois mois avant les élections présidentielles de 2007, a fait l’objet de gros titres portant sur « la violence ordinaire d’un collège ». Dans la presse, on parle de Carl, un enfant tué par ses « agresseurs », une fille et un garçon de 11 ans, comme lui, scolarisés en 6e. On décrit un collège dans une zone urbaine sensible (ZUS) et la fréquence d’une violence scolaire devenue insupportable au monde enseignant[2] En référence à l’article publié à l’Humanité, le 23 décembre 2006.. Le corps du garçon ne portait, pourtant, ni trace ni hématome. Les enfants n’avaient aucune arme, pas de pierre ou bâton, ni de chaussures renforcées. En réalité, le petit Carl est décédé d’un arrêt cardiaque à la sortie de la piscine. Il souffrait d’une malformation du cœur non détectée. « Le drame de Meaux »[3] Ainsi Libération titre son éditorial du 24 décembre 2007. n’était qu’un tragique accident. Une grande partie de la presse d’informations a fait du collégien la victime emblématique d’une violence scolaire qui survient en pleine campagne électorale. Le constat qui ressort de ces deux exemples, parmi tant d’autres, est qu’en voulant « montrer » des problèmes sociaux, en dressant un tableau sombre des « malheurs » de la société, les récits victimaires se multiplient. Leur grand nombre fait effet de « boule-de-neige». Les médias contribuent à amplifier le chagrin et à « surexploiter » une information qu’ils répètent pendant un certain temps et qu’ils oublient tout aussi vite. Demain, les victimes d’aujourd’hui seront noyées dans l’indifférence. Aussitôt, de nouveaux récits et de nouvelles figures prendront place dans les discours médiatiques. Les victimes deviennent un sujet de préoccupation, médiatisé aujourd’hui, oublié demain. Denis SALAS parle d’une « surmédiatisation » des victimes qui nourrit un débat doctrinal pour des raisons politico-idéologiques. Il dénonce ce qu’il appelle les « excès » et les « effets pervers » de la très forte médiatisation des victimes dont la société est le premier fabricant. Les journalistes, en prenant le relais, deviennent des co-constructeurs[4] CARIO Robert, SALAS Denis (Dir.). Œuvre de justice et victimes. Paris, Éd – L’Harmattan, vol. 1, Coll. Sciences criminelles, 2001, pp. ...continue (Cario, Salas, 2001, 25). Autrement dit, le problème que pose la médiatisation outrancière des victimes est le fait de s’appuyer sur celles-ci pour « meubler » les papiers et les colonnes de certains médias à la recherche du spectaculaire. La médiatisation outrancière des victimes risque de faire oublier d’autres problèmes de la société en activant un processus de victimisation stratégique et manipulatrice du statut de la victime dont les conséquences sont incontrôlables car mal identifiées. Cette forte médiatisation semble établir, également, un ordre de classification non égalitaire des victimes et de leurs préjudices. Certaines occuperont les Unes, d’autres feront les manchettes des journaux et ce, depuis l’avènement des médias de masse et le traitement des faits divers.
Il y a, sans aucun doute, une véritable réflexion de fond à mener sur les représentations des victimes dans les médias français. Celles-ci définies en tant que « construction d’un processus et le résultat des actes de pensée »[5] JODELET Denise., 2003, Les représentations sociales, Paris, Presses Universitaires de France, p 43. (Jodelet, 2003, 43) seront au cœur de notre recherche. On examinera le traitement médiatique réservé à l’immigration clandestine et particulièrement aux victimes de ces entrées (et tentatives d’entrées) irrégulières sur le sol français. Ce sujet donne, en effet, matière à réflexion. Au moment où le nouvel ordre social confère aux victimes une identité particulière et une attention singulière, on s’interroge sur l’attention médiatique portée à l’immigration clandestine. Comment les médias français abordent-ils ce sujet? Quels sont les traits identitaires marquants qui émergent des discours médiatiques ? Considérant l’immigration clandestine sous l’angle des « victimes » la forte attention médiatique portée à ce phénomène ne se focalise-t-elle pas sur les effets visibles des récits de souffrance ? C’est par le biais des sciences de l’information et de la communication que nous tenterons d’apporter des éléments de réponse à ces questionnements en analysant les configurations identitaires des victimes de l’immigration clandestine dans les discours médiatiques. Nous avons choisi pour notre étude trois quotidiens nationaux : Le Monde, Le Figaro et Libération. Ces quotidiens sont réputés pour avoir des lignes éditoriales et idéologiques apparentes et des styles d’écriture différents. Il semble intéressant de porter à l’étude leur façon de traiter le sujet qui nous préoccupe et de mesurer leurs façons similaires, opposées ou différentes de traiter l’immigration clandestine en examinant la place qu’ils accordent aux victimes et les représentations qu’ils véhiculent.

Un nouvel ordre socio-médiatique

Après de longues périodes passées aux oubliettes, les victimes sortent de l’anonymat et se font une place remarquable dans les discours politiques, sociaux et médiatiques. Les médias attribuent, en effet, à chaque victime la préposition de, transversale à une multitude de thématiques (victimes d’agressions, victimes d’accidents, victimes de guerre, etc.). Ces attributs rappellent que les victimes sont plurielles dans leur singularité, leurs histoires sont différentes mais leur souffrance est identique. Cette attention particulière n’est cependant pas récente. En nous tournant vers le passé et vers la presse écrite, nous pouvons évoquer le rôle majeur joué par la presse dans la révision du procès Dreyfus grâce notamment à l’article célèbre, «J’accuse», de Zola, paru à la Une du quotidien L’Aurore du 12 janvier 1898[6] ORIOL P., 1998, J’accuse ! Emile Zola et l’affaire Dreyfus, Librio, 115 p. (Oriol, 1998, 115). L’affaire Troppmann traduisait également l’intérêt du Petit journal pour les récits victimaires, comme en témoignent les nombreuses chroniques de Thomas Grimm[7] ISAAC O., 2005, « Succès oblige. Exaltation et instrumentalisation du populaire dans Le Petit Journal à l’occasion de l’affaire TROPPMANN ...continue (Isaac, 2005, 107). Afin de mieux cerner la question des représentations médiatiques, nous avons fait le tour des travaux préalablement réalisés sur les victimes. Compte tenu de l’intérêt que portent plusieurs disciplines aux victimes, les études antérieures sur ce thème sont riches et multiples. Nous avons pu bénéficier de l’apport des recherches sociologiques, juridiques, psychiatriques et historiques effectuées sur le sujet. Aussi, quatre ouvrages ont-ils retenu particulièrement notre attention : celui de René Girard, Le bouc émissaire[8]GIRARD René. Le bouc émissaire. Paris, Librairie générale française, 2003, 313 p.  (Girard, 2003, 313) ; celui de Guillaume Erner, La société des victimes[9] ERNER Guillaume. La société des victimes. Paris, La Découverte, 2006, 223 p (Erner, 2006, 223) ; celui de Denis Salas et d’Antoine Garapon, Les sorcières de Salem : leçons d’OUTREAU[10] SALAS Denis. Les sorcières de Salem : leçons d’OUTREAU. Paris, Seuil, 2006, 166 p. (Salas, 2006, 166) et celui de Benoît Garnot (Dir.), Les victimes des oubliés de l’histoire [11] GARNOT Benoît (Dir.). Les victimes des oubliés de l’histoire. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2000, 535 p.(Garnot, 2000, 535). En remontant le temps depuis les origines sacrificielles des victimes jusqu’aux temps modernes, ces ouvrages, à travers des approches différentes, participent à apporter un savoir considérable sur les stratégies mises en œuvre par les différents acteurs, principalement politiques, juridiques, psychiatriques et sociaux, pour construire une identité particulière des victimes au sein des sociétés démocratiques contemporaines. Pour l’ensemble de ces auteurs, l’attention accordée aux victimes est une conséquence de la place prise par la politique-spectacle, mais aussi de la fin de la guerre froide. Ils estiment qu’il est plus facile de défendre les victimes que de s’engager politiquement dans un monde complexe car, au moins, « on est sûr de ne pas se tromper de cause » ou, du moins, c’est ce que l’on croit. En effet, l’intérêt que porte la société française aux victimes n’appartient pas aux temps modernes. Il a certes évolué. De même, les moyens de l’afficher se sont métamorphosés. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’engager une réflexion de la société contemporaine, sans tenir compte de la question des victimes traitée au regard d’approches pluridisciplinaires et croisées. Celles-ci semblent affecter les discours médiatiques qui traduisent, à leur tour, les préoccupations de la société selon une hiérarchie préétablie des informations diffusées. C’est pourquoi il nous semble utile d’aborder dans une première étape les différents regards que porte la société française aux victimes pour se concentrer ensuite sur l’approche médiatique et plus précisément sur la place des victimes de l’immigration clandestine dans les discours de la presse quotidienne.

Le regard historique et religieux

Historiquement, la victime est l’offrande vivante à une divinité. Elle incarne le sacrifice, la douleur et la rédemption. Les païens et les peuples primitifs voyaient dans l’effusion de sang un hommage aux divinités. Il est toutefois important de faire la distinction entre victime propitiatoire, à l’image du sacrifice d’Iphigénie pour obtenir les vents favorables avant de se diriger vers Troie, et la victime expiatoire, figure de remède, de purification et symbole de rachat et de réparation. Ces hosties, du terme latin hostia qui signifie victime, subissaient un rite selon lequel les prêtres les enduisaient de pâte de farine de froment et de sel appelée mola, dont est issu le mot « immoler ». À l’origine, cette cérémonie était le préliminaire du sacrifice. Aujourd’hui, immoler exprime l’acte sanglant lui-même[12] AUDET Jean, KATZ Jean-François. Précis de victimologie générale. Paris, Dunod, 2e édition, 2006, p. 5. (Audet, Katz, 2006, 15). La figure de la victime trouve ses origines selon René Girard dans l’histoire des religions, qu’elles soient monothéistes ou polythéistes. Elle commémore le sacrifice initial. La figure de la victime est présente dans les sacrifices fondateurs de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte, chez les Phéniciens, les Carthaginois, les Gaulois mais aussi, dans le symbole du corps de Jésus, le sacrifice du mouton d’Abraham ou dans l’assassinat d’Abel par Caïn son frère.
Cette image antique de la victime va changer à partir du XVIIe siècle pour passer à un registre « malheureux ». Elle incarne ce qu’on appelle chez les Romains, le Vae Victis qui se traduit par « malheur à la victime ». Cette victime n’est que « la personne qui subit la haine, les tourments d’autrui ou qui souffre d’événements malheureux »[13] BARBIER Dominique. Précis de victimologie générale, 1999, p.11. (Barbier, 1991, 11). Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que la victime reprenne avec le développement des significations chrétiennes une image « glorieuse ». En effet, la victime prend dans l’histoire des religions ce que Gina Filizzola et Gérard Lopez appellent la « supervictime » incarnée par le symbole de la victime-hostie et le sacrifice moral du Christ. Selon la religion chrétienne, la crucifixion est l’aboutissement d’un long chemin de croix, symbole de souffrances et d’endurance, symbole de tragédie et de victime. Elle est considérée comme consécration qui doit être renouvelée selon l’église catholique, tous les jours par l’Eucharistie. Cette victime marque l’histoire. Elle est également liée à la notion d’héroïsme. C’est une victime « triomphante »[14] FILIZZOLA Gina, LOPEZ Gérard. Victimes et victimologie. Paris, PUF, Que Sais-je ?, 1995, p. 11. (Filizzola, Lopez, 1995, 11). Elle se sacrifie pour les autres en se soumettant à un ordre supérieur. Sa participation au processus sacré donne du sens à la vie humaine. La victime devient plus tard une des préoccupations de la pensée internationale. Le terme victime va désormais dépasser le cadre religieux pour pénétrer le langage courant. Il devient usuel et familier.

Une évolution lexicale

Christine Lamarre a fait une étude sur l’emploi des termes «victime» et «victimes» dans les textes imprimés paraissant dans le catalogue informatisé de la Bibliothèque Nationale de France, depuis le XVIe siècle jusqu’à 1969[15] LAMARRE Christine. « Victime, victimes, essai sur les usages d’un mot », in GARNOT Benoît (Dir.). Les victimes des oubliés de l’histoire. ...continue(Lamarre, 2000, 30). Elle explique qu’au XVIe siècle, on commençait à peine à redécouvrir l’Antiquité et les décors profanes avec tout ce qu’ils contenaient comme représentations du sacrifice. C’est également la période où Le Rosso imaginait des chefs-d’œuvre sur le thème du sacrifice qui donneront naissance à l’iconographie. On commençait à parler, avec la découverte de l’Amérique, des sacrifices humains, les sacrifices animaux et les simulacres[16] Cette distinction est faite par le Chevalier DE JAUCOURT qui la rédige dans l’Encyclopédie de Diderot, in GARNOT Benoît (Dir.). Op.cit., p. 40. L’usage du mot a ensuite évolué vers la fin du XVIIe siècle avec son emploi théologique, la victime-hostie, l’Eucharistie et le sacrifice moral du Christ, ce qui a permis au terme de «victime» de prendre des significations plus larges et métaphoriques. En effet, à partir du XVIIe siècle, le mot «victime» commence à prendre son sens actuel. Ainsi, il se dote d’une connotation morale. La victime ne s’inscrit plus uniquement dans un rapport vertical au sacré mais aussi dans une relation horizontale interhumaine. Sous la plume de Bossuet et de Boileau, en 1687, le mot désigne une personne qui pâtit de ses propres actes (respectivement, victime de soi-même et victime de sa valeur). Le mot victime prendra d’autres usages liés à l’amour, à la politique, aux malheurs de la vie et de la mort (l’opération césarienne, les enterrements prématurés, etc.). Lamarre trouve les traces de cette évolution du lexique dans le Dictionnaire de l’Académie du XVIIIe siècle où est écrit : « On dit figurément qu’un homme a été la victime d’un accommodement, pour dire qu’on a sacrifié, abandonné ses intérêts, qu’on s’est accommodé à ses dépens et qu’il a été la victime d’un ressentiment d’un tel, pour dire qu’un tel par ressentiment lui a causé quelque grand dommage ou l’a fait faire. On dit également qu’un homme a été victime de sa bonne foi, de sa générosité, pour dire que sa bonne foi, sa générosité ont été la cause de sa disgrâce, de sa perte[17] LAMARRE Christine. Op.cit., p. 35. (Lamarre, 2000, 35). Au XIXe siècle, la victime est également « la personne arbitrairement condamnée à mort ». Durant la Révolution française, ce terme était appliqué aux personnes qui périssaient condamnées par les tribunaux révolutionnaires[18] LANGUIN Noëlle. « L’émergence de la victime. Quelques repères historiques et sociologiques », 2005, disponible sur : ...continue (Languin, 2005, 109). Progressivement, le mot victime prend la définition suivante : «La personne torturée, violentée, assassinée, la personne qui meurt à la suite d’une maladie, d’un accident, d’une catastrophe, la personne tuée dans une émeute, une guerre[19] Le Petit Robert. Éditions 2002. ». En parallèle avec l’évolution lexique du terme « victime », la société française a connu l’apparition d’une certaine « mode de la victime » incarnée par une « coiffure à la victime », un ruban rouge autour du cou, des bals de victimes ouverts à Paris, le salut aux victimes par un mouvement de la tête suite à la chute du chef des condamnés de la Terreur. La littérature française garde d’ores et déjà les marques de penseurs et écrivains prenant le parti des victimes et défendant leur cause. Voltaire a dénoncé l’injustice en appelant au secours de la veuve et de l’orphelin. Zola a défendu publiquement Dreyfus à coup d’articles et de pétitions. Jean-Paul Sartre s’est engagé à soutenir les martyrs et les colonisés. Toutefois, il est plus prudent de mentionner ici que cette histoire étymologique du terme «victime» est plutôt une lecture «occidentale» comme le rappellent les références citées. Dans la culture arabo-musulmane par exemple, la victime révèle d’autres lectures. On parle par exemple de martyr lorsqu’il s’agit d’une mort en victime, on évoque le « malheur » de la vie et le « mal » ou la persécution d’un ou de plusieurs bourreaux comme moyen de se rapprocher de Dieu et comme un chemin pour accéder au paradis. Dans un contexte de mondialisation et avec l’évolution des moyens de communication (Télévision, Internet et réseaux sociaux notamment), nombreuses sont les sociétés arabo-musulmanes qui « s’approprient » une certaine vision occidentale de la victime en pointant les préjudices, en donnant publiquement la parole aux victimes jusqu’à mettre en scène leurs histoires et leurs malheurs dans des émissions de talk-show à forte audience. Cependant, nous avons fait le choix de nous concentrer sur la lecture occidentale puisque notre terrain d’étude concerne la France où une certaine unanimité semble se créer autour de la figure de la victime.

Le regard sociologique et philosophique

La victime est devenue un objet d’étude sociale dès la fin du XIXe siècle. La société contemporaine semble lui attribuer une identité particulière d’existence sociale basée sur la souffrance. La fin du XXe et le début du XXIe siècle, connaissent une certaine domination de la victime. Au-delà de la catégorisation récente dont elle fait l’objet, la victime semble devenir un enjeu social. Être victime n’est plus un état, être victime devient un statut. La victime existe socialement au travers de son préjudice. Elle fait son immersion dans la vie sociale des Hommes. Il incombe désormais à toute la société de lui rendre hommage. Les représentations collectives semblent alors s’accorder sur le fait que la victime est un être brisé par la violence et l’injustice, atteint dans sa dignité et rempli de souffrance. La société, dans son ensemble, porte un regard nouveau sur la victime qui, en l’espace d’une trentaine d’années (à partir des années 1970), a pu devenir une catégorie sociale[20] Le sociologue Georg SIMMEL précise qu’une catégorie sociale, rassemble des individus bien différents les uns des autres pour les doter d’une ...continue (Simmel, 2005, 75). La sociologie voit d’un nouvel œil la souffrance non comme un processus qui conduit à la pauvreté mais plutôt, comme un état[21] Nous notons également les recherches faites par Frédéric LE PAY (1806-1882) sur le budget des familles modestes et leur situation matérielle et ...continue. L’apparition de « La misère du monde » de Bourdieu, en février 1993, vient renforcer cette idée en dressant le bilan de la souffrance en France à travers les témoignages d’une femme hospitalisée, des locataires des HLM, un éducateur de rue, et d’autres. Dans son ensemble, la définition sociologique de la victime reste donc subjective. Toute personne peut se considérer comme victime si elle subit un préjudice moral, économique ou physique. En France, la victime a séduit plusieurs chercheurs en sciences humaines et sociales. La nouvelle génération de penseurs contemporains a porté une attention particulière aux victimes en transposant le combat pour une cause au combat contre le Mal et contre la souffrance. Avec l’arrivée d’une nouvelle gauche hostile au stalinisme et au communisme, émerge en France un mouvement antitotalitarisme, à partir de 1976. Ses penseurs gardent la conviction que la souffrance est un fait générateur du politique. Ils se détachent du marxisme et vont jusqu’à défendre les victimes du communisme. Il faut dire que cette pensée est très marquée par les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale et le traumatisme d’Auschwitz. La victime devient une forme de pensée singulière dans le sens où sa souffrance incarne le Mal absolu. Même si les victimes changent, leurs peines sont toujours liées à un régime oppressant et fasciste. Qu’il s’agisse des victimes bosniaques des purifications ethniques lancées par les Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie, des victimes du génocide Rwandais ou des victimes Tchétchènes des massacres russes, la souffrance est la même. Si la victime incarne « la Vérité absolue » contre le Mal absolu, elle éveille naturellement l’émotion et la compassion. Une nouvelle philosophie est née sur le primat des sentiments au détriment de la raison. Selon le sociologue Michel Crozier : « Les intellectuels de la nouvelle vague sont passionnément anti-rationnels »[22] CROZIER Michel. Le phénomène bureaucratique, essai sur les tendances bureaucratiques des systèmes d’organisation modernes et sur leurs ...continue (Crozier, 1993, 8). Les politiques vont à leur tour saisir l’importance de rendre hommage aux victimes.

Le regard politique

La victime est aujourd’hui symbole de l’évolution démocratique dont l’égalité est l’un des principaux fondements. La démocratie défait le lien social hérité et subi, et refait un lien égal et librement consenti. Ce qui permet aux citoyens de disposer de libertés de choix et d’opinions. L’essor de la démocratie depuis le XVIIe siècle a considérablement modifié les sensibilités des citoyens. On refuse désormais la souffrance, coupant ainsi avec des siècles de soumission et de douleur. En France, le lien démocratique est fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Avec ce lien librement consenti, la souffrance devient intolérable puisque les responsables des malheurs et des souffrances ne sont plus des figures abstraites (le diable, le hasard, etc.). Ils ont désormais des visages et ils doivent être démasqués et punis. L’État, qui s’impose comme « gérant collectif des dommages créés par les comportements qu’il a réussi à incriminer »[23] ROBERT Philippe, ZAUBERMAN Renée. Du côté des victimes. Un autre regard sur la délinquance. Paris, L’Harmattan, 1995, p. 62. (Robert, Zauberman, 1995, 62), apparaît capable de garantir l’ordre et le lien social en limitant l’exercice de la vengeance privée et en reconnaissant le statut des victimes, tant à l’échelle individuelle que sociale. L’État a, en effet, su se montrer compassionnel. Bien qu’on différenciât aisément les dissidents politiques subissant la torture dans des pays totalitaires, les classes sociales opprimées, les victimes de catastrophes naturelles ou d’accidents, la reconnaissance de la victime, telle que nous l’entendons aujourd’hui, est passée par plusieurs phases. À côté des polémiques violentes de la IIIe République, la Révolution et la séparation de l’Église et de l’État, il y a eu les nombreuses catastrophes naturelles qu’a connues le XIXe siècle, comme les tremblements de terre et les inondations. La Guerre de 1870 a également renforcé l’usage du terme « victime » pour décrire le souvenir de la défaite, usage qui se multiplie suite à la Guerre 14-18, où on parle de nouvelle catégorie de victimes, celle des « anciens combattants et victimes de guerre ». Petit à petit, on commence à utiliser la forme plurielle « victimes ». Celles-ci sont devenues très présentes dans les discours politiques. Les nombreuses revendications de reconnaissance et de réparations ont confronté les pouvoirs politiques à la nécessité de repenser les cadres législatifs qui régissent les sociétés nationales et la communauté internationale, poussant les hommes au pouvoir à prendre position. Avec le développement des sociétés modernes, on a pris conscience des atrocités des expériences victimaires qui ont eu lieu pendant le XXe siècle. On condamne le génocide, l’esclavage, les crimes de guerre, les camps d’extermination et la discrimination raciale, d’où l’adoption par la quasi-totalité des sociétés contemporaines des législations de protection et de droit des victimes. Les études menées en psychiatrie, la naissance d’une nouvelle science « la victimologie » et l’évolution des recherches juridiques, ont participé à renforcer le statut des victimes et à leur apporter une reconnaissance supplémentaire. Avec cette société attentive à la souffrance, il n’est plus surprenant de voir s’assembler des idées, à la base différentes, autour de la victime, peu importe le « tort » qu’elle a pu subir. Un lien se crée au sein de la société dans le but de reconnaître la souffrance d’autrui. Depuis les années 1940-1950, une discipline est d’ailleurs entièrement dédiée aux victimes. Il s’agit de la victimologie.

La Victimologie : un regard scientifique sur les victimes

La victimologie s’est développée en Europe à la fin des années 1940 suite à l’évolution de la sociologie de la victime qui, en se spécialisant, devient la victimologie, soit une branche de la criminologie. La victimologie est un terme utilisé pour la première fois par l’avocat autrichien Benjamin Mendelsohn, en 1947, désignant « la science de la victime ». Il constate que nous sommes tous potentiellement « victime » : « Le candidat à être victime, c’est-à-dire, en principe, la société humaine entière »[24] MENDELSOHN Benjamin. « Une nouvelle branche de la science bio-psycho-sociale : la victimologie », in Revue internationale de criminologie et de ...continue (Mendelsohn, 1956, 34). Il a fallu plus de dix-neuf ans avant que les propos de Mendelsohn soient entendus et reconnus. Dans ses recherches, il s’intéresse à ce que deviennent les victimes en cas de préjudices, notamment dans les cas où les criminels sont insolvables. Mendelsohn s’est appuyé sur les recherches du médecin néerlandais Hans Von Hentig, qui ont permis d’élaborer les bases pénales de la victimologie en élaborant des recherches académiques concernant la victime de crime. Von Hentig a cherché à comprendre comment la victime influait sur la genèse et le déroulement du crime. Il a développé trois concepts : le criminel-victime selon lequel chaque individu peut devenir victime ou criminel et inversement ; la victime latente qui voit que tout individu présenterait des dispositions à devenir victime et exerce une attraction sur le criminel. Le troisième, le concept de la relation spécifique criminel-victime qui met en évidence l’attraction réciproque des deux figures. Bien qu’on ait accusé la victimologie de rendre les individus responsables de leur souffrance, il revient aux travaux de Mendelsohn et de Von Hentig d’attirer l’attention sur la victime et ses douleurs, d’où l’obligation de lui apporter de l’aide et de punir, quand il le faut, les responsables et les auteurs des préjudices causés. L’étude de la victimologie a pour but d’obtenir des résultats pratiques permettant de mesurer les dangers auxquels s’exposent certaines personnes et d’identifier les facteurs victimogènes afin d’aider ces personnes et tâcher de les préserver et de les prévenir. Pour Ezzat Abdel Fattah, un autre pionnier de la recherche en victimologie, l’objectif de la victimologie vise à développer un ensemble de règles générales et de principes communs qui contribueraient au développement et à l’évolution des sciences criminologiques et juridiques et qui pourraient permettre une meilleure compréhension du phénomène criminel, du processus criminogène et de la personnalité du délinquant. Les années soixante-dix connaissent une certaine rupture avec les idées courantes, et une forte opposition à ceux qui démontrent que les victimes ne sont pas innocentes, pour les accompagner et les défendre. Dans ces années, « la victimologie se compose d’un discours moitié scientifique, moitié militant qui tente de défendre les droits des victimes »[25] ERNER Guillaume. op. cit., p. 20.. Il faut dire qu’à cette période, les mouvements féministes ont participé au changement d’orientation de la victimologie, quelle que soit la nature du traumatisme. Ces mouvements sont portés contre le viol et la violence envers les femmes afin de leur garantir la reconnaissance et les preuves d’innocence. À cette période et jusqu’en 1976, on différencie scientifiquement « le patient » de « la victime ». On s’intéresse alors à la victime comme personne étant capable de fournir des informations sur la délinquance cachée, celle qui n’est pas enregistrée par le système pénal. La France a commencé ses premières enquêtes de victimation en 1985 avec la première enquête nationale faite par le Centre d’Études Sociologiques du Droit et des Institutions Pénales (CESDIP) dépendant du ministère de la justice. À travers ces enquêtes, on a cherché à atteindre deux buts. Le premier est criminologique, afin de mesurer l’écart entre la criminalité apparente (policière ou judiciaire), légale (les condamnations prononcées par les cours de tribunaux), et l’ensemble des infractions qui ont été effectivement commises et dont le nombre reste inconnu. Le second but est victimologique, pour mesurer les conditions et les conséquences d’un préjudice. Ces enquêtes de victimation sont des études statistiques qui sont apparues aux États-Unis en 1965 et dont « l’intention première est de connaître l’état réel de la criminalité »[26] AUDET Jean, KATZ Jean-François. op. cit., p. 63.. La victimologie attire en France plusieurs juristes, des professionnels de terrain et des étudiants en psychologie, ainsi que des associations de victimes ou d’aide aux victimes qui font leur apparition en 1983. Chacune de ces associations a sa spécificité et, pour chaque cause, il existe plusieurs associations (les enfants maltraités, les victimes de discriminations, d’erreurs médicales, d’infractions pénales, etc.). Les appellations sont multiples mais les objectifs sont semblables : reconnaître et défendre un drame individuel ou collectif via un mouvement associatif, pour obtenir une réparation, et si possible, porter une assistance aux futures victimes d’un drame similaire. Aujourd’hui, on recense en France, plusieurs associations de victimes de différentes catégories, de différents âges et de différentes classes sociales. Ces associations par leurs activités et leurs mobilisations jouent un rôle considérable dans la reconnaissance des victimes et luttent pour leur obtenir réparation. Dès 1982, une commission présidée par le professeur Paul Milliez[27] D’où l’appellation « le rapport MILLIEZ » Rapport de la commission d’étude et de propositions dans le domaine de l’aide aux victimes, ...continue a rendu compte des attentes et des besoins des victimes au Garde des Sceaux Robert Badinter, qui a installé un Bureau de la protection des victimes au ministère de la Justice la même année. La création de diplômes universitaires de troisième cycle de victimologie depuis 1990, portant de nouveaux regards et de nouvelles orientations, vient corroborer les multiples actions déployées. À l’université René Descartes, depuis 1993, un diplôme universitaire pluridisciplinaire de victimologie a été mis en place. Avocats, médecins et psychologues viennent participer à la recherche. En 1999, une nouvelle commission désignée par le Premier ministre et présidée par Marie-Noëlle Lienemann, a émis plus d’une centaine de propositions : « pour une nouvelle politique publique d’aide aux victimes ». Le numéro vert national date de cette époque. En 2004, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a nommé Nicole Guedj, secrétaire d’État aux victimes «pour s’occuper des victimes du passé, de celles d’aujourd’hui, mais aussi des victimes potentielles»[28] Le Monde, 4 mai 2004..

Les victimes : une figure médiatique très présente

Si le sens du mot victime change peu durant le XXe et le début du XXIe siècle, son usage s’élargit et s’étend sur les pages des journaux, les livres, les romans, les pièces de théâtre, les émissions de télé réalité, etc. Les victimes deviennent désormais une figure médiatique incontournable. Dans une étude de l’INA-STAT, l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) a noté que « victime » est le mot star des journaux télévisé (JT) depuis 10 ans. Entre 2009 et 2015, les éditions du soir ont consacré, en 2015, en moyenne, 10 % de leur temps d’antenne aux catastrophes et faits divers soit 3 159 sujets (une moyenne de plus de huit sujets par jour, bien plus que la part réservée à la politique nationale, 2 111 sujets ou à la culture et aux loisirs, 2 576 sujets). L’outil de suivi statistique de l’information télévisée développé par l’INA recense plus de 270 % d’augmentation pour le traitement des seuls faits divers. L’étude statistique couvrait les six chaînes hertziennes TF1, France 2, France 3, Arte, Canal + et M6. L’évolution est nette : « l’humanité souffrante occupe une place de plus en plus grande dans nos JT où l’on relève une augmentation spectaculaire des sujets mettant en scène des victimes », conclut le rapport[29] Libération, 15 juin 2015.. Les victimes (atteintes aux personnes 37 %, accidents 26 %, banditisme 16 %, violence antisociales 10 %) deviennent des figures récurrentes des journaux télévisés (JT). Dans les journaux, c’est la même tendance. Les pages « fait divers » regorgent de récits de peines et de malheurs. Les victimes ont su, au fil de l’évolution des sociétés démocratiques, emprunter la scène médiatique pour se créer un espace d’expression et de revendication. Les journalistes leur ont donné l’occasion de témoigner, de verbaliser la nature et l’importance de la souffrance, consécutive à leur préjudice. Les récits de souffrances des victimes prennent désormais place dans tous les supports médiatiques. Plusieurs journalistes sont ainsi chargés de mettre en œuvre multiples techniques (des interviews, des billets, des commentaires, des reportages, etc.) afin de mettre au-devant de la scène médiatique les victimes, de participer à leur apporter reconnaissance et à les défendre. Derrière la très forte présence des victimes dans la scène médiatique, il existe une recherche de reconnaissance bilatérale : les médias adoptent la cause des victimes et les victimes prennent la voie des médias. À la triple série de droits dont disposent les victimes (le droit à la reconnaissance, le droit à l’accompagnement et le droit à la réparation), un quatrième droit fait son apparition : le droit d’être médiatisé ; comme si le droit d’être reconnu passait obligatoirement par les médias. La médiatisation de certaines « affaires », le compte rendu des procès, notamment l’incrimination du coupable et la réparation, donnent une satisfaction aux victimes qui se proclament susceptibles de passer de la détresse à l’adaptation, de pouvoir mener un travail de deuil et de pouvoir retrouver une vie dite « normale ». La médiatisation de leur histoire apparaît comme une revanche à la souffrance. La médiatisation des victimes trouve également sa source dans l’action des associations. Tenant les journalistes informés de « cas spectaculaires », les associations cherchent à trouver gain de cause. Elles s’attendent à une mobilisation sociale et à des réactions. Beaucoup d’associations voient dans les techniques journalistiques pratiquées, notamment les reportages, un instrument de valorisation de leur activité, mais aussi un moyen d’informer le public de l’existence de leur structure et de leur implication dans l’aide et l’accompagnement des victimes. Par conséquent, les associations manifestent un intérêt particulier à mettre en place un partenariat avec les médias. Ces derniers jouent le rôle de relais entre les victimes et les associations qui comptent à leur tour sur les médias, essentiellement la presse écrite régionale, pour renvoyer les victimes qui les contactent, vers une des associations d’aide aux victimes. Les journalistes, de leur côté, bénéficient de ce partenariat. Les associations leur fournissent des informations éclairées. Elles sont une source considérable de matière première d’informations.
Certaines victimes s’adressant aux médias pour se faire entendre. Grâce à leur apparition dans les médias, leur identité sociale se voit réaffirmée. Leur statut social est réinscrit, c’est celui de la « victime ». Leur malheur est partagé par toute la société. Dominique Mehl note que «toute exposition publique inscrit cette recherche identitaire dans le social au lieu de la cantonner à la sphère privée où souvent elle s’englue. (…) Dans le cas particulier, se glisse le message collectif »[30] FILIZZOLA Gina, LOPEZ Gérard. Op. cit., pp. 54-55.. Dans une société française marquée par le journalisme de la « Belle époque », l’engagement de Zola, et la souffrance de Cosette, le fait de porter des victimes par la plume ne peut-être que la continuité de cet héritage tant convoité. Cependant, l’action des journalistes n’est plus une action individuelle née d’une conviction ou d’un engagement personnel. Les victimes ont donc gagné en notoriété. Nul ne saura combien de temps durera cette notoriété, ni comment elle finira. Les médias s’intéressent principalement au présent. Il revient à chaque victime de retrouver, plus tard, à sa façon, le chemin du retour à la vie civile loin des caméras et des micros. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de cas isolés ou d’une victime solitaire que l’on défend à coups d’articles et de pétitions. Le champ journalistique est désormais ouvert à toutes les victimes, dès lors que leurs expériences s’inscrivent dans une ligne idéologique bien définie, dès lors qu’elles suscitent la compassion et qu’elles facilitent l’identification. Et c’est ainsi que la question de l’immigration clandestine prend tout son intérêt. S’agit-il du même processus d’identification identitaire ? Quels traitements médiatiques réservent les quotidiens français à ce sujet ? Soucieux de faire évoluer la réflexion sur ce thème et conscient des interrogations que nourrit l’approche médiatique, nous cherchons à approfondir cette brèche par le biais des sciences de l’information et de la communication. Afin de mieux saisir la question des représentations médiatiques de l’immigration clandestine nous étudions la construction du discours médiatique en essayant d’extraire les matrices sociales et politiques susceptibles de trouver dans la presse écrite (échantillon de notre étude) un vecteur d’expression puisque la presse est une voie propice pour déceler des représentations.

Les représentations identitaires de l’immigration clandestine

Les représentations sociales sont des modes de connaissance ayant des propriétés particulières. Elles émergent à travers les actions et le langage des individus dans leur environnement quotidien et jouent un rôle essentiel dans les rapports sociaux en orientant les comportements (Moscovici, 1998, 11). Toute société crée, en effet, un ensemble coordonné de représentations à travers lesquelles elle se reproduit. Ces représentations désignent le groupe lui-même qui à son tour distribue les identités et les rôles, exprime les besoins collectifs et les fins à réaliser[31] ANSART, P. Idéologie, conflits et pouvoir. PUF, 1977. P. 21. (Ansart, P., 1977, 21). Réfléchir sur la question de l’immigration à partir des discours médiatiques est une démarche qui considère les réalités sociales comme un champ dynamique. Ces réalités naissent, se développent et évoluent avec les discours et les représentations qui les sous-tendent. D’ailleurs, les pratiques langagières en matière d’immigration ne semblent pas être étrangères à l’imaginaire social et au système de représentations qui les gère. Moscovici relève que « l’étude des représentations sociales n’est rien d’autre que celle des pans d’images, d’idées, de conduites et des liens humains qui vont et viennent avec ces mots »[32] MOSCOVICI Serge. « Comment voit-on le monde ? Représentations sociales et réalité », in Sciences Humaines. Hors-Série, n°21, juin-juillet ...continue (Moscovici, 1998, 13). Avant de se pencher sur ces questions précises, il est important de revenir sur l’essence même du terme.

Un problème de définition

Il nous semble judicieux, afin de mieux circonscrire le sujet de notre préoccupation, de convenir d’une définition du terme central de notre recherche. Qu’est-ce que l’immigration ? Qu’est-ce qu’un immigré ? Seulement, nous nous heurtons, face à ces questions d’apparence simpliste, à une forte confusion. Force est de constater que la signification du terme « immigration » n’est pas fixée, preuve des luttes discursives autour de ce thème. Nous retenons néanmoins deux principales définitions. La première perçoit l’immigration comme une « entrée, (un) établissement temporaire ou définitif dans un pays, de personnes non autochtones»[33] Dictionnaire encyclopédique Hachette 1994.. La seconde l’entend comme « entrée dans un pays de personnes non autochtones qui viennent s’y établir, généralement pour y trouver un emploi »[34] Dictionnaire encyclopédique Le Robert 2007.. L’utilisation du terme « non autochtone » montre une distinction vis-à-vis de l’autre par soi-même (autos) et renvoie à une notion de terre, de territoire (khthôn). Si la première définition précise les deux modalités d’établissement (temporaire ou définitif), la seconde, apparue dix ans plus tard, évoque au moyen d’une incise relative à la recherche d’un emploi. Selon Gérard Noiriel[35] NOIRIEL Gérard, Atlas de l’immigration en France : exclusion, intégration. 2002., l’emploi du terme « immigré » s’est développé par son usage dans la presse et dans le discours politique. Face à la confusion récurrente avec le terme « étranger », les instituts statistiques ont établi une définition qu’ils ont voulue plus précise. Dans le langage administratif, un « immigré » est tout individu habitant en France mais qui n’y est pas né. La définition repose ainsi, davantage, sur la situation géographique que sur la nationalité. De surcroît, un immigré n’est pas forcément un étranger et réciproquement. Seulement, les Français des Dom-Tom se sont retrouvés dans ce statut d’immigré[36] CÉSAR Christine, « Familles antillaises de milieu populaire, un rapport spécifique à l’école de la métropole ?», dans Cossée, Claire, ...continue (César, 2006, 22). Pour les sortir de cette situation, l’Insee a créé la catégorie des «originaires » des Dom en 1999, en définissant comme immigré « toute personne née étrangère à l’étranger ». L’apparition du terme « étranger » dans la nouvelle définition semble être passée inaperçue tant les théoriciens de l’immigration négligent le traitement de ce moment clé dans le passage de la reconnaissance d’une altérité à l’exclusion d’une communauté. Comme le soulignent Groulx et Porcher, « étranger » renvoie à l’extérieur (étrange, extraneus); l’étranger est «celui qui n’appartient pas ou n’est pas considéré comme appartenant à la communauté d’une localité, d’un groupe, d’une famille»[37] GROUX Dominique, PORCHER Louis, L’altérité, 2003, p. 107. (Groux, 2003, 107). Dans les travaux de Simone Bonnafous, l’immigré correspond à « toute personne de naissance étrangère ou née d’un étranger, installée d’elle-même ou à la suite de ses parents dans le pays, pour y vivre, y assurer sa subsistance et éventuellement celle de sa famille»[38] BONNAFOUS Simone, L’immigration prise aux mots, Préface de Gérard Noiriel, 1991, p 19. (Bonnafous, 1991, 19). Il s’agit d’une rupture avec les définitions officielles de l’époque en inscrivant l’immigration dans la temporalité et la filiation familiale. Cette définition, donnée à la fin des années 1980, aborde la question des enfants d’immigrés et le contexte social des migrations. L’immigration n’est plus seulement liée au travail mais prend également en compte les premières grandes arrivées en France au titre du regroupement familial[39] CORDEIRO Albano, « Les immigrés ne sont pas tous des étrangers », Hommes et migrations, mai 1992. (Cordeiro, 1992). Depuis, les définitions de l’immigration ne cessent de se multiplier. Certaines deviennent plus engagées, révélatrices de représentations de faits sociaux et de statuts mouvants. Si les migrations ont toujours existé et ont contribué à construire les civilisations et les nations à travers les époques, c’est l’imaginaire lié à l’immigration qui est en constantes mutations. Celui-ci semble de plus en plus attribuer à «l’étranger» la mauvaise conjoncture économique et l’inflation du chômage. Cette perception est d’autant plus accompagnée d’actions politiques. Les autorités s’emploient en effet, depuis quelques années, à engager une politique de réduction et de contrôle strict de l’immigration. L’immigration est désormais strictement cadrée par une mise en place de multiples réglementations. La situation des sans-papiers, l’immigration non-légale, et l’augmentation des prétendants au droit d’asile politique sont de fait une préoccupation majeure du législateur. Pourtant, au lendemain de la guerre, la France s’est affichée comme un pays d’immigration durable, sans distinction d’origine, où les travailleurs et leurs familles ont toute leur place. On parle alors d’une immigration souhaitable et d’une immigration maîtrisée. L’État crée un Office national de l’immigration auquel il confie le monopole de l’organisation des entrées. Cependant, comme le souligne Patrick Weil, dans les années 1960, l’État français « favorise une immigration européenne plutôt qu’une immigration coloniale »[40] WEIL Patrick, La République et sa diversité : immigration, intégration, discrimination, 2005., premier biais de cette ouverture universelle. En France, le débat sur l’immigration cristallise un nombre certain de passions ; de Gambetta à Curie et d’Appolinaire à Zola. Il semble qu’avec les évolutions de la fin du XXème et le début du XXIème siècle qu’on a commencé à regarder l’immigration comme sujet problématique. Associée à la clandestinité, les représentations identitaires et les imaginaires sociaux se multiplient.

Une actualité ancienne

Si l’immigration clandestine ne date pas d’aujourd’hui, les impératifs sociaux et économiques ajoutent, sans doute, une approche nouvelle principalement sécuritaire. Ces flux migratoires ont été souvent liés à des catastrophes naturelles, climatiques mais aussi à des situations de précarité économiques. Ils se forment à partir de liens historiques, coloniaux, linguistiques et même géographiques (mobilité) à l’exemple de l’Allemagne et de la Turquie, du Royaume-Uni et des pays du Commonwealth (entre autres Inde, Pakistan), de la France et du Maghreb. Bien que les chiffres récents montrent une hausse du nombre de migrants notamment dans l’Europe du Sud : Italie, Espagne, Grèce, Chypre, Portugal (Nedos, 2006, 22)[41] NEDOS V., 2006, « Le sud des Balkans zone de transit », Courrier International, n° 814, p. 22. , l’immigration de masse ne constitue nullement une exception historique. Entre 1830 et 1930, plus de 50 millions de personnes ont quitté le Vieux Continent pour l’Amérique du Nord et du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tandis que grand nombre de travailleurs polonais et ukrainiens ont émigré vers les régions minières et industrielles de France (Nord et Lorraine), d’Allemagne (Ruhr et Haute-Silésie) et d’Angleterre (Midlands) (Wihtol De Wenden, 1999, 11)[42] WIHTOL DE WENDEN C., 1999, Vivre en Europe : L’immigration en Europe, La documentation française, pp. 11-17. .
Dès la fin des années 1990, l’immigration clandestine est évoquée à partir d’un triple prisme: sécuritaire (suspicion, menace), identitaire (intégration, incompatibilité culturelle) et raciste/xénophobe (l’immigration responsable de tous les maux de la société). Les événements politiques marquants de la fin du 20ème siècle (la fin de la Guerre Froide, la chute du mur de Berlin, les disparités entre Nord et Sud) placent l’immigration clandestine au cœur de l’Agenda politique, notamment des pays touchés directement par ces mouvements migratoires. Les événements du 11 septembre 2001 ont poussé à interroger l’efficacité des politiques nationales d’immigration et leur capacité à contrôler les allées et venues des étrangers. La montée du terrorisme est devenue une préoccupation internationale. Elle exacerbe la méfiance contre les musulmans et devient prétexte à la fermeture des frontières et à la mise en place de mesures restrictives. Selon la Commission Mondiale sur les Migrations Internationales « le développement de l’économie globalisée et les disparités économiques, sociales et culturelles expliquent en partie la pression migratoire qui n’a jamais été si forte depuis les grandes migrations du 19e siècle »[43] Commission Mondiale sur les Migrations Internationales, « Les migrations dans un monde interconnecté : nouvelles perspectives d’action », ...continue.
En France, les années 2013-2014 sont particulièrement marquées par les images de migrants se pressant à Calais et dans les Alpes-Maritimes. Le discours qui accompagne ces images est que la France serait «envahie» par ces populations fuyant l’Afrique ou le Maghreb à cause de la misère ou des troubles socio-politiques. Dans la presse quotidienne on évoque 400 000 migrants. Pourtant, ces chiffres ne font pas de la France la première destination des migrants. Le Monde ne manque pas de rappeler que les chiffres récents des autorités françaises et de leurs homologues européens dessinent un autre paysage. Le quotidien national s’appuie sur les chiffres publiés par l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex pour l’année 2014. Ceux-ci montrent une augmentation massive des demandes d’asile, par rapport à 2013, dans des pays comme l’Allemagne (+ 22 315) et le Suède (+ 20 130), tandis que la France connaît une diminution (- 11 600) expliquée par son statut de « pays de transit » vers d’autres destinations où les perspectives économiques sont jugées meilleures (Allemagne, Royaume-Uni, Suède). Bien qu’il soit complexe de mesurer l’immigration clandestine et d’en donner des chiffres exacts, le sujet intéresse les médias qui lui procurent une visibilité d’envergure.

Une visibilité médiatique

Nous choisissons le journal de presse écrite comme « média de diffusion » à examiner. Les changements considérables que ce média rencontre, tels que la baisse du nombre de lecteurs (l’année 2003 confirme la baisse du volume des recettes de ventes au numéro pour la quatrième année consécutive[44] Si le chiffre d’affaires lié à la vente au numéro a stagné, celui issu des ventes par abonnement a crû de +2,7 % (+1,2% en volume). De 1993 ...continue), le recul de la publicité (les revenus publicitaires encaissés par la presse écrite ont baissé de 10,6 % en valeur nominale et de 15,4 % en valeur réelle), et la très forte concurrence des autres médias, nous motive à examiner ses différentes méthodes de traiter l’information dans un contexte particulièrement contraignant. Notre choix s’est porté sur un échantillon de trois quotidiens français : Le Monde, Le Figaro et Libération. Ces quotidiens sont réputés pour avoir des lignes éditoriales et idéologiques apparentes et des styles d’écriture différents. Il serait donc intéressant de porter à l’étude leur façon de traiter le sujet qui nous préoccupe. L’analyse de leurs discours vise à apporter des éléments de réponse aux différentes questions que nous nous sommes posées tout au long de cette recherche. Notre objectif étant de mesurer leurs façons similaires, opposées ou différentes de présenter et de couvrir l’événement (l’immigration clandestine) en examinant la place qu’ils ont accordée aux victimes et les représentations qu’ils véhiculent. Ainsi, nous avons rassemblé dans un premier temps les articles traitant de l’immigration clandestine dans les quotidiens nationaux sélectionnés, pour la période de janvier 2013 à décembre 2015. Nous avons ainsi collecté 1384 articles. L’ensemble de ces articles nous permet d’observer, d’ores et déjà, l’intérêt que génère le sujet de l’immigration clandestine dans la presse quotidienne française. L’automne 2013 étant, en effet, marqué par un nombre considérable de noyés et de naufragés, principalement au large de la méditerranée et près des côtes européennes. Nous avons ensuite comptabilisé uniquement les articles dans lesquels figure dans le texte et/ou dans le titre le terme victime (s). Ainsi nous nous retrouvons avec un corpus final de 321 articles répartis comme suit :

Tableau n°2 : Corpus d’articles de presse écrite imprimée

Journal Le Monde Le Figaro Libération Total
Nombres d’articles 148 67 106 321

 

Ces différents articles n’ont pas été concentrés dans une seule rubrique. Ils ont été dissimulés dans plusieurs pages (société, politique, France, évènement du jour) et pris plusieurs formes énonciatives : la brève, le filet, le commentaire, le reportage, la tribune, le billet et plusieurs fois l’éditorial (12 fois pour Libération, 5 fois pour Le Figaro). Des ressemblances importantes entre les différentes rubriques dans lesquelles le sujet a été classé existent et montrent a priori un certain mimétisme dans la présentation du sujet, du moins au niveau de la forme. Nous notons également que Libération est le quotidien qui a publié le plus de photos accompagnants les articles (94 photos). Plusieurs de ces articles se sont appuyés sur des chiffres illustrant le nombre de victimes mais aussi des cartes et des graphiques montrant de longues routes migratoires (Le Monde). La mort du petit Aylan Shenu[45] D’abord appelé Aylan Kurdi par les médias turcs, avant que son véritable nom ne soit découvert. (2/9/2015) et la photo de son cadavre sur une plage de Bodrum (Turquie) publiée en grand format en Une du journal Le Monde daté du vendredi 4 septembre 2015 est marquante. Cette image a fait l’objet d’un éditorial du directeur du journal Luc Bronner pour qui “Cette photo, terrible, est en elle-même une prise de position et il fallait expliquer pourquoi nous la publions” (Le Monde, 4/9/2015). Les nombreuses illustrations accompagnent des articles au ton grave qui utilisent fréquemment les termes « tragédie », « drame », « misère », « catastrophe », « péril ». Ces mots régulièrement présents dans les discours médiatiques sont souvent associés aux termes «victimes de guerre », « victimes de noyade ». Ce statut de victime est souvent attribué dans les médias par rapport à un préjudice bien défini, préalablement exposé.

L’identité victimaire des clandestins entre reconnaissance et exclusion

Entre 2013 et 2015, le nombre de morts en Méditerranée a atteint un seuil plaçant le sujet de l’immigration clandestine au centre de l’attention médiatico-politique. Comme le terme générique de « migrants » désigne à la fois ceux au titre de l’emploi, du regroupement familial, des études mais aussi de l’asile, nous avons tenté d’extraire dans cette seconde partie les thématiques récurrentes et transversales aux trois quotidiens. Autrement dit, seront écartés ici les sujets évoqués par un seul quotidien aussi fréquents soient-ils. Le but de cette démarche est de comprendre comment se construit le discours médiatique autour de thématiques communes permettant ainsi de mesurer les différences et les similarités du traitement médiatique. Trois principales thématiques ressortent de l’étude de l’ensemble des articles de presse.

Une préoccupation européenne

Le traitement médiatique de l’immigration clandestine ne peut être dissociable de ses enjeux sur l’Union Européenne et les mesures entreprises pour faire face à ce que l’on nomme dans la presse le « flux migratoire ». Dans Le Monde, 26 articles sont consacrés à la question européenne. D’autres articles évoquent des pays confrontés à l’immigration : l’Allemagne (6 articles), l’Espagne (3), l’Italie (14), la Suisse (1), le Royaume Uni (8) mais aussi les Etats Unis (11). Le Figaro et Libération accordent également une importance à la question de l’immigration vue par l’Europe. Si pour Libération « L’UE souffle le chaud et le froid en Méditerranée » (Libération, 31/5/2015), pour Le Figaro « L’immigration sauvage paralyse  l’Europe » (Le Figaro, 4/1/2014). Le Figaro est en effet le quotidien qui accorde une importance capitale aux chiffres et s’appuie sur ceux-ci pour argumenter son discours à l’exemple de ces titres « Migrants : l’Allemagne attend 800 000 demandeurs d’asile » (Le Figaro, 20/8/2015), « Immigration: régularisations en hausse, expulsions en baisse » (Le Figaro, 23/1/2014), « Jusqu’à 500 disparus dans un naufrage en Méditerranée » (Le Figaro, 16/9/2014). Le lancement de plusieurs pays européens dans l’érection de murs à leurs frontières trouve de l’écho dans les discours médiatiques. Libération et Le Monde s’attardent sur le cas de la Bulgarie, un pays qui a connu le rideau de fer durant quarante ans et qui a décidé, fin 2014, de prolonger de 130 km le mur de 30 km qu’il a déjà érigé à sa frontière de 275 km avec la Turquie. Libération prend également l’exemple de La Hongrie : « Face aux migrants, la Hongrie se barricade » (Libération, 12/8/2015). La Hongrie est un pays qui a fait tomber le mur du communisme et qui érige à son tour une barrière «anti-immigrés» afin de rendre infranchissable sa frontière de 175 km avec la Serbie. « 80 000 migrants sont, de fait, passés par ce pays sur les 81 000 entrés illégalement depuis janvier 2014 » (Le Monde, 1/7/2015). L’immigration clandestine comme sujet de préoccupation européenne est l’occasion pour Libération de manifester une opinion tranchée sur le sujet. Ce quotidien national affiche clairement qu’« Emmurer l’Europe, c’est fissurer son union » (Libération, 12/8/2015), que face aux migrants « «L’Europe a une obligation morale» (Libération, 20/8/2014). Il accorde 16 pages spéciales sur « l’augmentation tragique du nombre de réfugiés » (Libération, 21/8/2015). Pour Le Figaro le ton est tout autre : « Des milliers de décisions de reconduite à la frontière restent inexécutées » (Le Figaro, 17/12/2013). Le quotidien révèle « Les chiffres chocs de l’immigration illégale en Europe » (Le Figaro, 15/4/2015) et s’interroge « Comment l’Europe va contrôler ses frontières en méditerranée » (Le Figaro, 31/10/2014). Pour Le Monde, l’heure est aussi au questionnement « Faut-il abattre l’espace Schengen ? » (Le Monde, 30/7/2015), et à l’indignation «Dénonçons le crime contre l’humanité commis contre les migrants » (Le Monde, 20/4/2015). La position du Monde ne semble pas aussi claire que celle de Libération mais nous mène tantôt vers la conclusion que «L’UE s’est dotée de nombreux outils sans parvenir à endiguer les flux migratoires» (Le Monde, 6/5/2014), tantôt vers le constat selon lequel « L’Europe (est) partagée entre fermeté et immigration contrôlée » (Le Monde, 3/2/2014). Dans son éditorial du 7 janvier 2014 « Osons les valeurs », la directrice du Monde, Natalie Nougayrède, qualifie l’Europe d’«homme malade» et évoque le besoin d’adopter une « politique migratoire commune ». Pourtant, le Sommet de Kiev, du 27 au 28 avril 2015, ne semble pas faire l’unanimité, dans la presse, jugé « décevant » (Le Monde, 29/4/2015) remettant à l’ordre du jour « l’impuissance de l’Union européenne face aux drames de l’immigration » (Libération, 29/4/2015).
En raison de la multiplicité de ses facettes, l’attention médiatique accordée aux victimes semble se heurter aux diverses questions et inquiétudes que ravive l’immigration. Les politiques migratoires qui se durcissent en France et en Europe et adoptent une attitude restrictive vis-à-vis de l’entrée et du séjour des étrangers, les discours qui s’élèvent craignant la dissolution de la souveraineté des États, les peurs d’une perte de pertinence des «frontières» et «territoires» trouvent en effet un vecteur d’expression dans le discours médiatique.

La crise économique et sécuritaire

La Grande récession de 2008-2009 a ravivé l’opposition à l’immigration et les sentiments anti-immigrés. La crise économique actuelle a, en effet, remis à l’ordre du jour l’influence des opinions défavorables à l’immigration devenue source potentielle de tensions sociales que les gouvernements, notamment ceux de l’Union Européenne, se doivent de gérer. Dans ce contexte, la thématique de la crise économique a constitué un élément principal dans le discours médiatique des quotidiens nationaux examinés. Le Monde et Libération ont souvent évoqué l’impact économique potentiel de l’immigration. Le Monde a consacré un article, datant du 13 juin 2013, sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail national en s’appuyant sur l’analyse de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), dans son rapport annuel sur les Perspectives des migrations internationales. Libération s’est également intéressée à l’impact des nouveaux arrivants sur les finances publiques et les systèmes de protection sociale. Quant au Figaro, il dénombre « Les 13 milliards dépensés en 15 ans pour la lutte contre l’immigration » (Le Figaro, 18/6/2015).
L’immigration est en effet susceptible d’avoir deux effets contradictoires. D’une part, l’afflux d’immigrants, moyennement ou hautement qualifiés, peut constituer une réponse adéquate aux problèmes croissants de financement des systèmes de retraite par répartition dans les pays développés. D’autre part, des immigrés peu qualifiés accompagnés de leurs familles peuvent devenir bénéficiaires nets du système de protection sociale, au travers des assurances maladie et chômage, ou du système d’allocations familiales. Dans cette optique, l’immigration aggrave le problème du financement des systèmes de redistribution au lieu d’y répondre. Pourtant, les études empiriques sur la question concluent généralement à un impact négligeable ou minime de l’immigration sur les finances publiques (Dustmann, 2012, 92). Concernant l’impact sur le marché du travail par exemple, c’est davantage la crainte de la concurrence qui influence l’opinion des travailleurs locaux concernant l’immigration que l’existence d’un impact réel. En effet, selon l’enquête European Social Survey (ESS) de 2002, près de 40% des européens sont convaincus de l’impact négatif de l’immigration sur les salaires[46] CARD D, DUSTMANN C, PRESTON I, 2012, « Immigration, wages and compositional amenities », Journal of the European Economic Association 10, pp. ...continue. Libération dénonce en effet l’idée « de laisser les pays d’Europe du Sud porter le fardeau des arrivées, en particulier quand les migrants sont invariablement attirés vers les régions plus prospères du nord » du continent. « Les gouvernements européens doivent sortir de leur léthargie coupable », écrit le quotidien parisien plaidant pour « une Europe protectrice, (et non) une Europe forteresse, paralysée par une politique économique d’austérité et la montée des populismes ». La crise économique semble diviser les quotidiens quant au positionnement que l’Etat doit prendre face à l’immigration clandestine. Ils s’accordent néanmoins sur le fait que les mouvements socio-politiques qui ont touché certains pays arabes sont un facteur direct qui a participé à cette « vague migratoire »[47] Le Figaro, 25 septembre 2015. .

L’après Révolutions arabes

Les révolutions survenues sur la rive Sud de la Méditerranée (Tunisie, Libye, Égypte) n’ont pas manqué de susciter des discours alarmistes sur le risque migratoire qu’elles entraîneraient pour la France et pour l’Europe en général. Le Figaro pointe la responsabilité du chaos en Libye, dans la multiplication des drames en Méditerranée. En effet, faute d’interlocuteur étatique à Tripoli, l’Europe a demandé un mandat de l’ONU afin d’intervenir au niveau des côtes libyennes. Ce contexte est propice, selon Le Figaro, à une révision des règles d’asile et de la libre circulation dans l’UE « afin d’apporter une réponse humaine et politique aux défis de l’immigration » (Le Figaro, 20/4/2015). Pour ce quotidien national il s’agit bien d’une « crise des réfugiés » (Le Figaro, 3/9/2015). Le Monde rappelle l’importance de réagir face à ce « gigantesque cimetière marin » (Le Monde, 4/10/2013). Les changements politiques doublés d’un contexte d’insécurité interne (assassinats politiques, répressions des manifestations) ont, en effet, poussé un bon nombre de ressortissants à quitter leur pays. Le Monde cite à plusieurs reprises le cas de la Tunisie, notamment dans son article « De Tunis à Zarziz, la déception des révolutionnaires » (Le Monde, 15/10/2015). Les promesses d’une révolution démocratique et d’une justice sociale laissent la place à une montée des fanatiques religieux, à la précarité et au chômage. Ces mutations politiques continuent d’intéresser les médias et d’inquiéter l’Union européenne. Pourtant, Libération dresse un autre constat : « L’Europe, qui détient le quart des richesses mondiales, aurait bien entendu largement les moyens matériels d’accueillir davantage de réfugiés ». Pour Le Monde, la crainte d’arrivées massives relève plus du fantasme que de la réalité et « amène l’UE à verrouiller un peu plus son espace migratoire et à restreindre ses politiques d’asile. C’est surtout dans les pays arabes voisins et en Amérique du Nord ou en Australie que les réfugiés des printemps arabes ont trouvé asile ». La situation explosive en Syrie occupe également une place considérable dans le discours médiatique des trois quotidiens. Libération ne manque pas de rappeler que «sur les 4 millions de personnes qui ont fui la Syrie depuis 2011, moins de 6 % ont trouvé refuge en Europe. Mais c’est visiblement déjà trop pour les Européens, davantage préoccupés par l’étanchéité de leurs frontières que par le drame qui se joue à leurs portes » (Libération, 27/8/2015). Le Monde attire l’attention sur le naufrage du 17 avril, au cours duquel 800 personnes ont perdu la vie en essayant de rejoindre les côtes italiennes. « Les choses ne semblent pas près de changer » (Le Monde, 24/5/2015). Le nombre de victimes noyées en méditerranées, les images de réfugiés venus de Syrie, d’Erythrée, de Lybie et d’ailleurs affluant vers l’Europe, leurs passages de frontières sous des barbelés, leurs périples entassés dans des barques d’infortune ou leurs sauvetages par des garde-côtes, montrent en effet une situation de précarité et de détresse humaine.

En guise de conclusion

L’étude des représentations médiatiques est une tâche difficile notamment lorsque la réflexion porte sur l’imaginaire social et les stéréotypes. L’étude est susceptible de se heurter à des jugements hâtifs et aléatoires. Ainsi avons-nous fait le choix d’une analyse des discours médiatiques sur la question de l’identité migratoire. Afin de préciser la nature de ces représentations, nous avons extrait les matrices sociales susceptibles de trouver dans la presse écrite un vecteur d’expression puisque la presse est, de fait, une voie propice pour déceler des représentations. L’immigration clandestine est, en effet, un sujet préoccupant amplifié par sa large diffusion dans les médias. L’analyse du discours médiatique de trois quotidiens nationaux Le Monde, Le Figaro et Libération, entre 2013 et 2015, sur cette question précise, montre l’intérêt manifeste pour la question migratoire. Cette forte médiatisation soulève un certain nombre de constats non sans crainte d’une exploitation de la souffrance et d’une dépolitisation des débats qui empêcherait de poser certaines questions sociales. Les discours répétitifs sur les entrées illégales sur le sol européen soulèvent des inquiétudes relatives aux situations économiques, sociales, identitaires et sécuritaires et semblent placer au second plan les questions relatives à l’identité de la victime et à son préjudice. Le conformisme social qui s’est créé autour de l’identité des victimes, dès la fin de la guerre froide, semble se dissiper quand il s’agit de l’immigration. Le discours médiatique oscille alors entre compassion et crainte. L’identité des victimes n’est plus appréhendée selon le processus de reconnaissance du préjudice subi mais selon les questionnements que l’immigration  clandestine ranime et les inquiétudes qu’elle génère. L’étude de notre corpus nous a permis de constater que les représentations médiatiques reposent sur une perception dichotomique immigration/crise ou immigration/problèmes largement influencée par un imaginaire social. Cet imaginaire est certes imprégné par le regard compassionnel que porte la société française sur les victimes. Cependant, il participe à établir un ordre prioritaire de préoccupations selon lequel la situation économique mais aussi politique et géopolitique semble reléguer aux seconds plans les autres questions sociétales et humanitaires. En conséquence, les représentations médiatiques de l’identité victimaire glissent, presque toujours, sur des sujets liés aux chômages, à la violence, aux craintes sécuritaires et identitaires qui compliquent l’identification à la victime et rendent son statut opaque et problématique. Si le discours des trois quotidiens souligne à la fois des divergences et des convergences dans traitement du sujet qui nous préoccupe, il traduit à notre sens les controverses à la fois sociales et politiques qui traversent l’ensemble de la société française.

Notes   [ + ]

1. ELIACHEFF C, SOULEZ-LARIVIERE D., 2007, Le temps des victimes, Paris, Albin Michel, p 147.
2. En référence à l’article publié à l’Humanité, le 23 décembre 2006.
3. Ainsi Libération titre son éditorial du 24 décembre 2007.
4. CARIO Robert, SALAS Denis (Dir.). Œuvre de justice et victimes. Paris, Éd – L’Harmattan, vol. 1, Coll. Sciences criminelles, 2001, pp. 25-58.
5. JODELET Denise., 2003, Les représentations sociales, Paris, Presses Universitaires de France, p 43.
6. ORIOL P., 1998, J’accuse ! Emile Zola et l’affaire Dreyfus, Librio, 115 p.
7. ISAAC O., 2005, « Succès oblige. Exaltation et instrumentalisation du populaire dans Le Petit Journal à l’occasion de l’affaire TROPPMANN (1869) », Hermès. Peuple, populaire, populisme, n° 42, Broché, pp. 107-111.
8. GIRARD René. Le bouc émissaire. Paris, Librairie générale française, 2003, 313 p. 
9. ERNER Guillaume. La société des victimes. Paris, La Découverte, 2006, 223 p
10. SALAS Denis. Les sorcières de Salem : leçons d’OUTREAU. Paris, Seuil, 2006, 166 p.
11. GARNOT Benoît (Dir.). Les victimes des oubliés de l’histoire. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2000, 535 p.
12. AUDET Jean, KATZ Jean-François. Précis de victimologie générale. Paris, Dunod, 2e édition, 2006, p. 5.
13. BARBIER Dominique. Précis de victimologie générale, 1999, p.11.
14. FILIZZOLA Gina, LOPEZ Gérard. Victimes et victimologie. Paris, PUF, Que Sais-je ?, 1995, p. 11.
15. LAMARRE Christine. « Victime, victimes, essai sur les usages d’un mot », in GARNOT Benoît (Dir.). Les victimes des oubliés de l’histoire. Op. cit. p. 30.
16. Cette distinction est faite par le Chevalier DE JAUCOURT qui la rédige dans l’Encyclopédie de Diderot, in GARNOT Benoît (Dir.). Op.cit., p. 40
17. LAMARRE Christine. Op.cit., p. 35.
18. LANGUIN Noëlle. « L’émergence de la victime. Quelques repères historiques et sociologiques », 2005, disponible sur : http://www-cdpf.u-strasbg.fr,/No % C3 % ABlle % 20Languin, % 2016 %20d % C3 %.htm, consulté le 3 février 2016.
19. Le Petit Robert. Éditions 2002.
20. Le sociologue Georg SIMMEL précise qu’une catégorie sociale, rassemble des individus bien différents les uns des autres pour les doter d’une signification et d’une fonction comparables au sein de la société. In SIMMEL Georg et al. Les pauvres. Paris, PUF, 2005, p. 75.
21. Nous notons également les recherches faites par Frédéric LE PAY (1806-1882) sur le budget des familles modestes et leur situation matérielle et celles de Georg SIMMEL (1858-1918) sur les processus qui conduisent à la désaffiliation de certains individus.
22. CROZIER Michel. Le phénomène bureaucratique, essai sur les tendances bureaucratiques des systèmes d’organisation modernes et sur leurs relations en France avec le système social et culturel. Éd. Seuil, 1993, p. 8.
23. ROBERT Philippe, ZAUBERMAN Renée. Du côté des victimes. Un autre regard sur la délinquance. Paris, L’Harmattan, 1995, p. 62.
24. MENDELSOHN Benjamin. « Une nouvelle branche de la science bio-psycho-sociale : la victimologie », in Revue internationale de criminologie et de police technique, n° 10, 1956, cité par FILIZZOLA Gina, LOPEZ Gérard, op. cit., pp. 34-44.
25. ERNER Guillaume. op. cit., p. 20.
26. AUDET Jean, KATZ Jean-François. op. cit., p. 63.
27. D’où l’appellation « le rapport MILLIEZ » Rapport de la commission d’étude et de propositions dans le domaine de l’aide aux victimes, Ministère de la Justice, 1982. Ce rapport propose de soutenir la création d’un réseau associatif d’aide aux victimes.
28. Le Monde, 4 mai 2004.
29. Libération, 15 juin 2015.
30. FILIZZOLA Gina, LOPEZ Gérard. Op. cit., pp. 54-55.
31. ANSART, P. Idéologie, conflits et pouvoir. PUF, 1977. P. 21.
32. MOSCOVICI Serge. « Comment voit-on le monde ? Représentations sociales et réalité », in Sciences Humaines. Hors-Série, n°21, juin-juillet 1998, pp. 11-13.
33. Dictionnaire encyclopédique Hachette 1994.
34. Dictionnaire encyclopédique Le Robert 2007.
35. NOIRIEL Gérard, Atlas de l’immigration en France : exclusion, intégration. 2002.
36. CÉSAR Christine, « Familles antillaises de milieu populaire, un rapport spécifique à l’école de la métropole ?», dans Cossée, Claire, et al. Faire figure d’étranger, Regards croisés sur la production de l’altérité, 2004, p. 59.
37. GROUX Dominique, PORCHER Louis, L’altérité, 2003, p. 107.
38. BONNAFOUS Simone, L’immigration prise aux mots, Préface de Gérard Noiriel, 1991, p 19.
39. CORDEIRO Albano, « Les immigrés ne sont pas tous des étrangers », Hommes et migrations, mai 1992.
40. WEIL Patrick, La République et sa diversité : immigration, intégration, discrimination, 2005.
41. NEDOS V., 2006, « Le sud des Balkans zone de transit », Courrier International, n° 814, p. 22.
42. WIHTOL DE WENDEN C., 1999, Vivre en Europe : L’immigration en Europe, La documentation française, pp. 11-17.
43. Commission Mondiale sur les Migrations Internationales, « Les migrations dans un monde interconnecté : nouvelles perspectives d’action », Rapport, octobre 2005.
44. Si le chiffre d’affaires lié à la vente au numéro a stagné, celui issu des ventes par abonnement a crû de +2,7 % (+1,2% en volume). De 1993 à 2003, les ventes par abonnement ont augmenté en valeur réelle de 20 % (+1,8% l’an). Il s’agit bien entendu de toutes les catégories de la presse écrite (nationale, locale, quotidienne, hebdomadaire, magazine, etc.). C’est la presse locale d’information générale et politique qui a connu la plus forte progression de cette forme de vente (+44°/° en volume de 1993 à 2003).
45. D’abord appelé Aylan Kurdi par les médias turcs, avant que son véritable nom ne soit découvert.
46. CARD D, DUSTMANN C, PRESTON I, 2012, « Immigration, wages and compositional amenities », Journal of the European Economic Association 10, pp. 78-119.
47. Le Figaro, 25 septembre 2015.


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Pour citer cette article

, "L’immigration clandestine au regard des médias français: reflet d’un nouvel ordre identitaire.", REFSICOM [en ligne], L’identité dans tous ses états : 2. Catégories symboliques et enjeux sociaux, mis en ligne le 15 novembre 2017, consulté le 20 August 2018. URL: http://www.refsicom.org/320