L’identité dans tous ses états

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Résumés

Le quatrième numéro de REFSICOM est le deuxième volet consacré à L’identité dans tous ses états, 2 Catégories symboliques et enjeux sociaux. Il constitue le prolongement du premier volet intitulé L’identité dans tous ses états, 1 Identités et dispositifs numériques. Ce numéro, qui privilégie les formes et modalités d’indentification collectives, s’inscrit dans le prolongement de la réflexion autour de la complexité des rapports entre groupes sociaux. Ces derniers seront ainsi éclairés au prisme des traits culturels, de l’ethnicité, de l’immigration, de la mobilité, de l’appropriation des territoires, des valeurs, des idéologies, etc.

Texte intégral

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Le quatrième numéro de REFSICOM est le deuxième volet consacré à L’identité dans tous ses états, 2 Catégories symboliques et enjeux sociaux. Il constitue le prolongement du premier volet intitulé L’identité dans tous ses états, 1 Identités et dispositifs numériques qui nous a permis de penser ces dispositifs au prisme d’approches épistémologiques et empiriques variées à la lumière des formes individuelles d’action sur les réseaux numériques. Il s’agit là aussi de rendre visible la posture des Sciences de l’information et de la communication (SIC) quant aux enjeux et aux diverses implications des dispositifs de communication sur les individus et groupes sociaux.

Ce numéro, qui privilégie les formes et modalités d’indentification collectives, s’inscrit dans le prolongement de la réflexion autour de la complexité des rapports entre groupes sociaux. Ces derniers seront ainsi éclairés au prisme des traits culturels, de l’ethnicité, de l’immigration, de la mobilité, de l’appropriation des territoires, des valeurs, des idéologies, etc. Si la polysémie du concept « identité » est toujours de mise, nous aborderons dans ce numéro les mécanismes de construction identitaire au prisme des discours et des rapports sociaux, de la symbolique du territoire, des rapports aux autres et de pratiques professionnelles et sociales.

Les identités collectives peuvent être pensées comme l’ensemble des références culturelles sur lesquelles se fonde le sentiment d’appartenance à un groupe ou à une communauté, qu’ils soient réels ou « imaginés » (Wieviorka, 2001). Ces références sont des productions sociales attribuées à un groupe humain et caractérisent des formes de significations et de sens tout autant qu’elles dressent les contours d’un système de valeurs susceptible de définir l’unité réelle ou imaginée d’un groupe.

L’identité comme catégorie symbolique : État, ethnicité, nation

Ce numéro commence tout d’abord par observer les univers des appartenances dans leurs aspects globaux comme liens qui fondent l’identité nationale d’une nation. La première piste de réflexion s’articule autour de l’analyse des études postcoloniales et leur conception des identités performative et de l’imaginaire historique qui les nourrit. Elle éclaire ce concept à la lumière de la pensée nationaliste et de la conception de l’État-nation marqueur central d’unité. La pensée postcoloniale et celle d’Ernest Renan, qui constitue une de ses bases, plaident pour une société moderne hybride, en l’articulant sur la réalité historique et épistémologique liée au colonialisme et à la dynamique humaine dans la métropole occidentale. Cette réflexion examine ainsi l’un des paradoxes de la construction identitaire des État-nations partagés entre la nécessité d’une fixité dans le temps autour du récit historique de l’unité de la nation et du groupe et la continuité dans le présent et l’avenir.

Un autre sillon pour penser l’identité est creusé par la réflexion autour des travaux des intellectuels ethno archéologues sur la question ethnique et ses ramifications avec celle de l’État. À travers les positions autour d’un conflit territorial, il devient pertinent de questionner le paysage ethnique en confrontant différents travaux autour du concept d’identité ethnique et de l’ethnicité. Si le phénomène identitaire peut être considéré comme un archaïsme appelé à se fondre dans un État supra-ethnique, il n’empêche que les phénomènes liés aux conflits, à la modernité, à la gestion de l’État cristallisent ou durcissent les revendications identitaires.

Identités et symbolique du territoire

Dans le prolongement de cette réflexion, le numéro 4 de REFSICOM permet d’observer les univers des appartenances à partir des représentations collectives du territoire urbain et de ses composantes par l’intermédiaire des discours qui y sont associés. Une première piste consiste à approcher le sens symbolique des représentations identitaires du territoire pour permettre d’expliciter l’articulation entre identités collectives et rapports à l’espace et au territoire à partir de la situation d’appartenance citadine. Cette réflexion constitue une occasion de penser le rapport à l’identité territoriale comme la combinaison de trois composantes : l’imagerie, l’image et l’imaginaire ainsi que la nature de l’interdépendance entre l’espace urbain et l’espace existentiel.

La symbolique du territoire est observable également à partir des stratégies de communication des grandes entreprises et industries du territoire en réaction à un mouvement social. La médiatisation des discours qui se nourrissent des idéologies de la défense des intérêts territoriaux qui se trouvent appuyés en raison de la conjoncture, par des volontés économique, politique et juridique légitimes les discours nationalistes, autarciques et un patriotisme économique. Le territoire devient ainsi un marqueur identitaire favorisant l’analyse discursive des réactions face à la mondialisation, à l’oppression et à l’hégémonie économique de l’autre notamment par des pratiques de consommation patriotique.

Récits médiatiques et constructions d’archétypes : victimes, agresseurs

Dans ce numéro, nous postulons que l’observation des récits médiatiques est susceptible de révéler des marqueurs identitaires aussi bien sur le tenant du discours que sur l’objet de ce discours. Il devient en conséquence évident que l’étude du traitement d’une thématique comme l’immigration, ou de l’une de ses prolongements savoir la banlieue, est de nature à nous renseigner sur la dimension socio-discursive et sur les représentations des identités. Dès lors, on s’intéresse à l’analyse de discours de grands quotidiens nationaux afin d’éclairer la couverture médiatique de l’immigration clandestine et les mécanismes de construction des représentations autour de la figure de victime comme résultat des actes de pensée.

Oscillant entre reconnaissance et exclusion, l’identité de la victime demeure un objet hybride. Le traitement médiatique de la figure de victimes, entrées de manière irrégulières sur le sol français, permet en conséquence d’observer les traits identitaires marquants qui émergent des discours médiatiques dans la surmédiatisation de la souffrance. Il révèle les mécanismes de configurations identitaires des victimes de l’immigration clandestine et les représentations qu’ils véhiculent. Une telle analyse permet par ailleurs d’observer la nature des discours médiatiques au-delà des divergences éditoriales et idéologiques et des styles d’écriture, au niveau des points communs, des différences ou des oppositions.

Dans ce sens, la médiatisation de faits divers constitue un autre moyen de considérer les identités véhiculées à travers les discours médiatiques sur l’archétype de jeunes agresseurs de banlieues. Elle révèle les formes et modalités de construction de l’identité socio-discursive de cette catégorie de la population qui sous-entend une catégorisation développée au sein de la société. Cette catégorisation est portée entre autres par les journalistes et mise en scène dans le discours médiatique. Cette construction de l’identité socio-discursive nous amène de la sorte sur le terrain de l’usage des stéréotypes véhiculés par les grands médias traditionnels sur la catégorie banlieue et son lien avec les processus de construction identitaire individuels et collectifs.

Identités individuelles ou collectives : entre immuabilité et évolution

Dans ce numéro, l’identité est appréhendée enfin au prisme des pratiques sociales, culturelles et professionnelles autant sur leurs représentations que sur leur évolution. Une première réflexion se donne comme objectif l’analyse des rebondissements liée au mouvement et à la polémique provoqués par le hashtag « je suis en terrasse » afin d’appréhender la posture idéologique de la « jeunesse » face aux situations extrême à l’instar des attentats de novembre 2015 à Paris. Ce mouvement et sa polémique sont ainsi observer comme révélateurs d’une crise identitaire favorisée par le triomphe de la logique sécuritaire, la banalisation de l’islamophobie et le retour du sentiment nationaliste. L’évocation d’un autre attentat en Côte d’Ivoire invite à interroger le rapport entre l’échelle locale et globale. Là encore, jusqu’à quel point les réseaux numériques peuvent offrir un regard sur les identités collectives et constituerait dans certaine mesure un miroir des identités d’une génération marquée par des pratiques sociales et un mode de vie déterminé.

Un second sillon est creusé par l’éclairage des pratiques culturelles des jeunes et leur habitude de lecture en tant que marqueur identitaire fort. Une forme de typologie des identités de lecteurs adolescents est ainsi dressée avec une mise en exergue de ses liens avec les injonctions sociales. À l’époque du foisonnement de la lecture numérique, les représentations sociales admises en la matière sur l’identité d’un adolescent-lisant apparaissent comme injonction répondant à la doxa sociale et éducative sur la valorisation de la lecture. Cette posture s’oppose aux représentants de l’adolescent lui-même considérant l’activité de lecture comme une pratique obsolète ou d’« intello ». Les comportements de lecture sont donc observés à partir des discours et des usages d’adolescents permettant de penser l’hybridité de la lecture et son rôle dans la construction identitaire.

Par ailleurs, l’identité constitue également un point d’observation des pratiques professionnelles notamment des journalistes confrontés à l’évolution de leur métier aussi bien sur le plan des valeurs que sur le plan des pratiques. La reconfiguration profonde de la profession face à des moult défis engendrés par la perte de reconnaissance symbolique, l’obsolescence des modèles économiques, la concurrence de pratiques citoyennes, etc., ont précipité une crise d’identité journalistique. Il paraît ainsi vital de faire évoluer l’univers des pratiques professionnelles et d’opérer un changement d’ethos afin de faire face aux nouvelles pratiques sur les plateformes numériques, l’intensification des flux informationnels et surtout la fin du monopole traditionnel en matière de production d’information notamment avec la concurrence de producteurs non professionnels d’information.

Afin de saisir le caractère aussi bien polysémique que pluriel, protéiforme et évolutif de l’identité, ce numéro entend éclairer les mécanismes de construction identitaire au prisme des discours et des rapports sociaux, de la symbolique du territoire, des rapports aux autres et de pratiques professionnelles et sociales. En somme, les choix et constructions des acteurs sociaux sous-entendent des interactions diverses avec les contextes techniques, politiques, culturels, historiques et des logiques d’identification en métamorphose, de légitimation et des enjeux sociaux divers et complexes.



Pour citer cette article

, et , "L’identité dans tous ses états", REFSICOM [en ligne], 04 | 2017, mis en ligne le 13 novembre 2017, consulté le 23 October 2018. URL: http://www.refsicom.org/285