Présentation du numéro

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Le troisième numéro de REFSICOM prolonge la logique des deux précédentes éditions de la revue qui se lisent comme des espaces de réflexion autour des bouleversements de nos sociétés sur le plan culturel, social, économique, politique et technique. Il s’agit également de rendre visible la posture des Sciences de l’information et de la communication (SIC) quant aux enjeux et aux diverses implications des dispositifs numériques sur les individus et groupes sociaux. Ce premier volet intitulé L’identité dans tous ses états, 1 Identités et dispositifs numériques nous permettra de penser ces dispositifs au prisme d’approches épistémologique et empiriques variées. La polysémie du concept d’identité sera abordée à partir des formes individuelles d’action sur ces dispositifs mais la lecture de ces phénomènes emmènera inévitablement sur le terrain des traits culturels, des formes d’identification des usagers et des groupes sociaux, des pratiques consuméristes, des injonctions des dispositifs techniques, etc.

Pluridisciplinarité et terrains de l’identité

L’identité sera interrogée par l’étude de processus individuels et collectif. La réflexion autour de cette thématique nous conduira à examiner les pratiques de la distance à soi comme un effet de la socialisation de formes publiques disponibles dans la fabrication des singularités numériques. Seront abordés également les pratiques d’autopublication pour constater leur évolution des techniques de soi vers une dilution des traces de soi l’ « Autre non humain » à travers le renforcement de l’axe de la traçabilité et de nouvelles formes identitaires incontrôlables.

Entre l’illusion du pouvoir d’influence et le sentiment d’émancipation des usages des dispositifs numériques dans liberté relative de gérer leurs identités, il est question de qualifier la place de la technique dans un contexte économique et son incidence sur l’évolution des modalités de commercialisation et processus stratégiques marchands.

L’identité sera également abordée au prisme de la notion d’indépendance dans le domaine des jeux vidéo et des discours qu’elle mobilise. L’idéal d’indépendance du joueur marqué par la prégnance de la création et l’affranchissement des cadre de contrôle procure une forme de plaisir qui marque la liminalité du rapport au travail et offre aux studios indépendants une ressource potentiellement exploitable.

Une réflexion générale sur le concept de l’identité est ainsi faite à partir de l’émergence des éco-identités. Il faut insister sur l’importance de la pluridisciplinarité et de l’historicisation des objets de recherche pour dresser deux voies d’analyse, l’identité comme ouverture et l’identité comme clôture.

Afin de faire l’écho d’interdisciplinarité comme pierre angulaire de la compréhension des phénomènes identitaires, la mise en place d’une approche anthropo-communicationnelle est nécessaire pour observer les processus collectifs de commémoration de héros dans les dispositifs numériques. Les commémorations peuvent paraître alors comme l’archétype des modalités de fabrication du héros et des caractéristiques culturelles du groupe social.

Univers des appartenances comme objet de réflexion

Dans ce premier volet consacré aux identités numériques, nous approcherons la question identitaire à partir de deux études de cas. Dans le premier, sera proposée une étude comparative des modes d’expression et de traitement de la question de l’identité tunisienne à la télévision et à travers les contenus de Facebook en Tunisie afin de mettre en relief les modalités de négociation entre une identité attribuée et une identité revendiquée. Dans le second cas seront analysés des sites de chats dont le dispositif de constructions identitaires, oscillant entre singularité et conformisme, résulte des codes de l’anonymat, du regard de la foule et de l’organisation technique.

Le troisième numéro de REFSICOM avec ce premier volet consacré à l’identité dans les dispositifs techniques ne prétend pas à l’exhaustivité mais entend proposer un regard sur des phénomènes qui soulèvent l’intérêt des chercheurs en Sciences de l’information et de la communication. Les univers des appartenances sont en effet des sujets d’interrogation des chercheurs dans les pays du Nord et dans les pays du Sud. Ce numéro peut être appréhendé dans le sens d’une proposition de lecture des phénomènes engendrés par la triade individus/groupes sociaux – dispositifs techniques – identités.

Sans chercher à minimiser le caractère polysémique de l’identité, nous pouvons la considérer comme un ensemble de représentations et de pratiques en circulation dans les groupes sociaux et qui permet une ou plusieurs formes d’identification. Ces références relèvent donc d’un choix des acteurs et surtout d’une construction qui sous entend des contextes et des logiques sociaux, politiques, culturels, historiques et techniques divers.

Les domaines communicationnels de l’identité nous invitent à penser également la question de l’identité à partir de la sphère culturelle permettant la construction du sens. Les dimensions visibles, latentes, vécues ou imaginées révèlent qu’en dépit de la variation des positions et des sources de références, l’identité engendre nécessairement du sens chez les individus et les acteurs sociaux (Ollivier, 2007)[1]OLLIVIER B, 2007. Identité et identification : sens, mots et techniques, Hermès science publications. . Ces derniers choisissent les ingrédients qui permettent de les identifier par ressemblance, par différence, par éloignement ou par opposition aux autres.

Complexité des logiques d’identification

Du point de vue des usages des publics, l’étude des pratiques individuelles et des stratégies d’usagers soumis aux contraintes et clivages sociaux est susceptible de mettre en relief les effets contingents des usages notamment des TIC. Nous pouvons ainsi questionner les différentes conceptions de l’identité à l’œuvre dans les dispositifs numériques en vue de fournir à l’observateur de ces objets un cadrage conceptuel et des grilles de lectures susceptibles d’aborder les identités qui s’exposent à travers les offres d’Internet. Il est en effet, possible de penser l’influence du Web sur les identités au-delà de toute lecture univoque.

Cette conception des identités et des réseaux numériques nous conduit ainsi vers plusieurs pistes de réflexion. Celle des travaux de recherche de Gustavo Mejia-Gomez (2015) par exemple nous invite à penser tour à tour trois orientations théoriques qui circonscrivent différentes problématiques identitaires à l’écran et qui, par extension, concernent les supports médiatiques. Il s’agit ainsi de différentes problématiques pour envisager le rapport identités/médias°: l’identité comme configuration narrative  (Ricœur, 1990) pour interroger la forme dynamique qu’adoptent les récits de soi ou du collectif en fonction des formes médiatiques disponibles ; l’identité comme appartenances  (Tajfel et Turner, 1986) pour s’intéresser aux liens qu’entretiennent les individus et les groupes, leurs dynamiques avec les « autres » groupes ; l’identité comme dramaturgie des performances  (Goffman, 1973) pour penser le répertoire de rôles en adéquation avec le cadre des échanges.

En somme, ce numéro s’attache à éclairer les mécanismes de construction des identités et des modes d’identification dans les dispositifs techniques, dans les usages des citoyens et dans les discours qui accompagnent ces pratiques. Ces phénomènes sont chargés de symboles identitaires, de l’usage des mots et des images à la mobilisation de mythes en passant par l’histoire, l’identité apparaît comme une identité narrative, une identité sociale, une identité culturelle, une identité politique, une identité citoyenne, une identité numérique, une identité commerciale. Ces logiques d’appartenance renvoient aux diverses projections des membres de groupes dans un univers de pratiques, de valeurs, de rites, de symboles qui font sens au sein des groupes sociaux avec des cadres d’échanges visibles ou latents. Ces choix et constructions sous-entendent des interactions diverses avec les contextes techniques, politiques, culturels, historiques et des logiques d’identification, de légitimation et des enjeux sociaux variés, protéiformes et évolutifs.

Notes   [ + ]

1. OLLIVIER B, 2007. Identité et identification : sens, mots et techniques, Hermès science publications.


Pour citer cette article

, et , "Présentation du numéro", REFSICOM [en ligne], 03 | 2017, mis en ligne le 13 avril 2017, consulté le 24 November 2017. URL: http://www.refsicom.org/209