La page web entre communauté et individualisme : essai d’une lecture sémantique

et

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Les réseaux sociaux numériques constituent pour les linguistes, les pragmaticiens, les sémanticiens et autres…de nouveaux corpus d’analyse. Leurs mutations marquent un tournant dans l’histoire des relations humaines. En effet, grâce à un très grand développement de l’interactivité, chacun a la possibilité de prendre une part active à la communication via le web 2.0 et d’agir non seulement en tant qu’utilisateur, mais également en tant que médiateur, transmetteur, créateur, producteur, diffuseur, contributeur, énonciateur et administrateur des messages visuels, sonores ou textuels. De plus, il peut désormais le faire à tout moment et en tout lieu, grâce au développement des technologies mobiles.

Facebook fait partie de ce nombre croissant des réseaux (RSN)[1]Réseaux sociaux numériques. sur Internet qui s’emploient à favoriser l’échange, le partage voire l’enrichissement et l’emprunt de l’action langagière.  Il permet à ce niveau d’unifier et de professionnaliser les communications. C’est en ce sens qu’il permet de transformer les principes et les mécanismes de la représentation identitaire dans le sens  d’une prise de conscience de l’existence. Autrement dit, c’est un gage d’une mutation juvénile[2]Nous entendons par mutation juvénile : le comportement sollicité par la navigation, à travers les sites web, indifféremment de l’âge. en plein essor, cherchant à se faire reconnaitre  par la société via ses agissements numérico-discursifs ; d’une libre expression pratique se basant sur le simulacre de la proximité et de l’intimité, d’où la difficulté de séparer nettement aujourd’hui le virtuel du réel.

Le but de cette communication consiste donc à analyser la Page Officielle des Etudiants du Centre Universitaire de Guelmim[3]Désormais, nous la désignons par POECUG. (POECUG) sur Facebook. Il s’agit de voir comment ce dispositif est exploité par divers étudiants pour leurs besoins propres ? Quelles  sont les différentes thématiques qui la composent et l’organisent? Peut-elle être considérée comme un espace communautaire ou individualiste ?

POECUG, histoires et spécificités

A l’origine, la POECUG est un espace interactif. Elle est mise à jour régulièrement et a la forme d’un guide estudiantin, daté, dans lequel les notes et informations apparaissent selon un ordre ana-chronologique[4]Les plus récents sont en haut de la page. ; elles sont développées de liens externes.

Sa création est récente. Elle date depuis septembre 2012. Time Berners-Lee, l’un des pères fondateurs du web, a probablement aujourd’hui réalisé son rêve d’un monde fédératif et communautaire.

L’explosion actuelle des sites web s’explique d’abord par leur facilité de création. Pour créer un site, un blog ou une page, il suffit de remplir un simple formulaire et nous avons tout de suite à notre disposition un espace web que nous pouvons remplir à notre guise. Le deuxième atout d’un site et sa souplesse d’emploi qui permet à l’internaute d’exprimer sa créativité. Son troisième avantage est sa capacité d’évolution. C’est peut être la raison pour laquelle les usagers s’y adonnent énormément. De ce point de vue, la POECUG favorise en effet l’émergence de nouvelles relations entre les individus (Obersdorff , 2009) et devient de ce fait, populaire auprès des étudiants, des enseignants comme moyen de diffuser des messages et d’y découvrir les domaines d’intérêt partagés ; elle sert aussi à interpeller l’étudiant (Clark, 2010) des nouveautés sur la scène universitaire. Elle est un outil privilégié qui offre un espace commun d’opinion et de réflexion par rapport aux grands événements du Centre Universitaire de Guelmim et de l’Université Ibn Zohr en général.

Après ce bref aperçu sur l’histoire de la POECUG, le travail se penchera à situer cette communication dans le cadre d’une analyse interdisciplinaire. Nous fouillons du côté de l’analyse du discours, de la sociologie et de la  communication.

Les interrogations, sur les rapports qu’entretiennent les étudiants avec les contenus qui se faufilent dans cet espace, reviennent de façon récurrente dans leur échange. Dans ce cadre, le présent travail tente de répondre aux questions suivantes : Quels sont les différents thèmes qui composent cet espace ? Comment s’agencent-ils pour présenter un tout homogène, prêt à être exploité ? Quels sont ses avantages et ses insuffisances ? A-t-il une visée enseignementale qui devrait faciliter le suivi d’un nombre important d’informations au service de l’étudiant ?

Répondre à ces questions, nous invite à parcourir  la POECUG et voir  ses éléments constitutifs.

Nous commencerons par une analyse thématique et détaillée des différents espaces interactifs en gestation. Nous présenterons ensuite les axes émergeants et leur rôle dans ce dispositif de formation à distance universitaire.

POECUG et enseignement

La POECUG apporte aux étudiants un nouvel outil qui leur offre des possibilités d’applications très novatrices aussi bien pour les programmes étudiés que dans le domaine de la recherche. A cet égard, un tour d’horizon sur le contenu de cet espace permet d’avancer cinq points capitaux qui forment son ossature ; lesquels sont :

  1. Un espace pédagogique ;
  2. Un espace d’information ;
  3. Un espace de recherche scientifique ;
  4. Un espace de communication ;
  5. Un espace individualiste.

Notre propos, dans le cadre de cette communication, est de tenter d’apporter des éléments de réflexion quant à la lecture sémantique du contenu de cette page et à son interprétation.

Un espace pédagogique :

Nous pouvons définir la POECUG  comme la fonction la plus élémentaire et la plus répandue sur Internet. Dans ce sens, c’est un espace web qui reflète la visée pédagogique pour laquelle  elle a été créée, c’est-à-dire, celle de faire circuler l’information et de la transmettre.

A titre indicatif,  l’exemple de cours qui traitent de l’informatique sont destinés aux étudiants de la 2ème (S3), invités à manipuler et à cerner son contenu  qui repose sur les  notions basiques de l’Excel. Pour mener à bien cette entreprise, ils doivent s’inscrire sur la plate-forme réalisée à cet effet dans le dessein de répondre à tous les exercices demandés. Condition siné qua non de l’accomplissement du contrat lié avec l’enseignant de la matière.

Les 6 étapes pour s’inscrire sur la plate-forme du module de l’informatique
Les 6 étapes pour s’inscrire sur la plate-forme du module de l’informatique

A cet égard, cet espace permet une organisation interne très variable facilitant l’adaptation des étudiants au contenu proposé par l’enseignant, moyennant des images, des photos, des liens externes avec d’autres sites pour des fins pédagogiques.

Un espace d’information :

Cet espace a pour objectif de promouvoir les échanges entre le groupe d’étudiants. Il est considéré comme un medium de proximité, sorte de ‘compagnonage technologique[5]Nous soulignons., très facilement accessible ; il met à la disposition des usagers une panoplie d’informations qui va du planning des vacances, en passant par les avis ou les affichages des notes.

fig2

L’intérêt de cet espace réside dans l’actualité des interrogations posées que dans les réponses données via l’administrateur de la page. Chaque proposition fournit des informations importantes sur le paysage universitaire, ses apports et ses nouveautés.

Nous constatons l’existence d’un flot d’informations véhiculées par les messages transmis émanant de plusieurs sources ; lesquelles sont axées autour de différents thèmes. Cette richesse idéelle montre la diversité culturelle des intervenants.

D’une manière laconique, cet espace se caractérise par une double visée :

  1. Visée d’information ;
  2. Visée de captation.

La première consiste à transmettre à l’autre un savoir qu’il ignore. Mais pour qu’il soit justifié, il faut que le dit « savoir en question puisse être reconnu comme vrai »[6]Voir à ce propos notre thèse de doctorat, ALAOUI MADANI, I., La communication éditoriale et discours médiatique : essai d’une lecture .... Pour cela, l’administrateur  de la page usent de procédés qui tendent à garantir le vrai de différents points de vue : en authentifiant les faits, à l’aide de documents, de pièces jointes ; en reconstruisant les faits à l’aide de témoignage susceptibles de présenter la réalité comme vraisemblable ; en expliquant les faits comme vrai et d’actualité.

fig3 fig4

La deuxième est orientée vers la masse d’étudiants adhérés à la page : c’est l’instance réceptrice ; mais, elle peut aussi jouer le rôle de l’émetteur du message, vu que ces deux instances partagent le même espace interactif d’un côté, de l’autre, elles peuvent se trouver dans une situation de communication directe[7]Nous entendons par situation directe une discussion simultanée en un temps réel., ce qui leur permet de changer de rôle simultanément[8]Voir Benveniste, E., Problèmes de linguistique générales, Tome I et II, Gallimard, Paris, 1966..

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Nous voyons ici que la finalité de cet espace, avec ces doubles visés, est marquée par une polyphonie langagière[9]Voir DUCROT, O., Dire et ne pas dire, Paris, Hermann, 1972. et permet aux usagers de parler et de communiquer entre eux.

Un espace de recherche scientifique 

La POECUG est un espace construit, selon lequel on rompt avec l’habituel pour pénétrer dans la recherche scientifique. D’où, une mise en spectacle dans laquelle nous sont présentées les différentes adresses électroniques qui ont trait à la recherche des sites interactifs ou aux manifestations scientifiques :

fig6Sites interactifs

http://www.fsjes-agadir.info/

http://www.fsjes-agadir.info/vb/showthread.php?p=39632#post39632

http://www.tpeconomist.com/search/label/FSJES

 

Il suffit de se pencher sur la multiplication des arborescences, des liens, donc de la fonctionnalité, l’utilité et finalement la lisibilité du point de vue de la cohérence discursive, bref, du navigationnel[10]Nous soulignons. pour glaner ça et là des informations relevant de la recherche scientifique.

Dès lors, l’espace de recherche proposé par  l’administrateur possède deux caractéristiques : d’une part, il est par définition l’espace du partage, de l’échange scientifique, et ce faisant, il ne peut être qu’interpelatif ; d’autre part, cet espace de partage étend son champ d’action en allant jusqu’à mettre en scène ce qui se passe dans les autres sites web voisins (voir exemple supra).

Un espace de communication 

La POECUG est devenue un lieu de représentation où se jouent des enjeux symboliques qui ne sont pas toujours faciles à appréhender. S’y négocient entre autres des représentations culturelles sur lesquelles se règlent les modes d’identification modernes, selon des stratégies  qui vont de la recréation dans le sens de la redécouverte d’une culture (Hall, 2007) à son instrumentalisation dans le but de reconnaissance sociale (Gilroy, 1973).

En quoi consistent ces représentations dans le cas des étudiants du Centre universitaire de Guelmim et comment cet espace peut satisfaire l’aspiration de ses usagers ?

Tout d’abord, utilisé pour décrire un espace de communication, POECUG est une structure d’interconnexions instables, c’est-à-dire composée d’éléments réunis par des échanges, des relations dont la variabilité est une composante ontologique (Mayhoua, 2009).  Cette structure inclut sa dynamique, son « être là » obéissant à la notion de ‘circularité[11]Nous soulignons. de la communication’ : du ‘Chat’.

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Le Chat ? Ce phénomène est la figure la plus exclusive dans cet espace de communication. Il consiste en une discussion spontanée, en temps réel, moyennant le scriptural entre un ou plusieurs personnes connectées simultanément. Ce qui importe dans cet exercice, c’est cette volonté d’affirmer une identité culturelle spécifique qui prend  son sens dans les interventions des étudiants. Comment alors construit-il l’identité  de ses acteurs?

Tout d’abord, c’est une image positive qui est reflétée. Ses usagers y trouvent un espace où promouvoir leur présence, leur union et surestiment l’image du groupe[12]Il suffit d’ouvrir un compte sur la page et vivre cet instant de bienvenue.. Le maintien d’un lien, même si technologique, est un enjeu juvénile essentiel où les prémisses d’une fondement estudiantin est en cours d’accomplissement.

Cela étant, cette intercommunication est un élément mobilisateur dans la construction de l’imaginaire d’un groupe ou d’une communauté (Anderson 2012).

Se crée alors une temporalité reliant le présent et le futur, une survivance qui caractérise l’espace communicationnelle des étudiants, prise entre technologie et modernité. Cette forme de présentation de soi se place dans l’arbitraire[13]Apparemment, les créateurs de cette page web ne sont pas savant en la matière, leur action s’inscrit dans la tentative de réussir et de ... et peut se comprendre, dans le cas des étudiants du Centre Universitaire, dans la perspective d’une aspiration à l’auto-réalisation individuelle qui interpelle une reconnaissance au besoin d’appartenance à un groupe, à une communauté.  Ce principe de reconnaissance trouve son écho chez Hegel (1992) et repris par Honneth (2000) pour qui la réalisation de soi comme personne autonome dépend de la reconnaissance mutuelle reconnue par la société.  La mise en valeur du groupe d’étudiants sur cette page web peut se traduire  par une quête de soi, posée et considérée. Dit autrement,  le fait de s’inscrire sur la page électronique du groupe peut s’entendre comme un besoin d’appartenance d’un  individu à  une communauté qui partage ses intérêts et ses affinités. Cela répond aussi au besoin d’être reconnu par ses membres.

Un espace individualiste

Quoique la POECUG vise tout d’abord à promouvoir l’esprit du groupe, il constitue un nouvel espace où la notion de l’individualisme sociologique prime. Autrement-dit, le dit espace confirme davantage le glissement d’une conception dialogique de l’individu vers une conception monologique[14]Cette conception occupe  le devant de la scène universitaire en reflétant la position première de ses créateurs : celle d’être la source de ..., c’est-à-dire un individu se réalise dans les rapports quotidiens intersubjectifs[15]Voir l’article de Benveniste « De la subjectivité dans le langage », Problèmes de linguistiques générales, Tome II, Gallimard, Paris 1992. de communication avec les autres.

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Les premières remarques qui découlent de cet exemple sont marquées par l’usage de la force perlocutoire aux dires d’Austin[16]Voir  Austin, J.-L., Quand dire c’est faire, Seuil, Paris, 1962., une manière d’installer une norme, une règle générale qu’il faut respecter « faites attention » ; nous pouvons la traduire comme une mise en garde pour quiconque qui veut y toucher. Ce qui retient le plus, c’est cette recherche de soi, cet accomplissement de besoins non satisfaits de la vie réelle que cherche à instaurer l’administrateur de la page. La pyramide de Maslow constitue un outil capital permettant de mieux comprendre son comportement. Dit autrement, il cherche à assouvir des besoins de niveaux divers, mais c’est surtout le besoin de s’accomplir qui l’emporte le plus. Il suffit de parcourir la dite page pour  corroborer nos dires.

L’utilisation de cet espace social permet certes de répondre clairement au besoin d’appartenance  et de reconnaissance, mais aussi c’est un assouvissement personnel et individuel qui se trame en catimini ; nous le considérons alors comme une attitude d’influence et de pression[17]L’administrateur de la page use de procédés communicationnels ne figurant pas parmi les règles de la doxa. Ceci pourrait porter atteinte à son ....

Nous sommes donc dans le registre du « passager clandestin »[18]Nous percevons l’administrateur de la POECUG comme une personne manipulatoire dont les  actes et les agissements relèvent de l’appareil ... qui se situe dans le grand cercle du groupe dans le dessein de se façonner une notoriété moyennant des outils simples d’utilisation, mais efficace[19]Nous entendons par outil le web.. De là, nous pouvons nous inscrire du côté de Patrick CHAREADEAU (1982) qui stipule quatre principes fondant tout acte de discours :

  • un principe d’altéritéqui dit, dans une filiation phénoménologique, que la conscience de l’existence de soi dépend de la perception de l’existence de l’autre et de son regard : pas de Moi sans Toi ;
  • un principe d’influencequi dit que face à cet autre qui constitue une menace pour l’identité du Moi, le sujet parlant tente de l’attirer dans son univers de discours ;
  • un principe de régulation, car cet autre ayant son propre projet d’influence, il faut bien réguler cette rencontre à priori agonale ;
  • enfin, un principe de pertinence qui dit qu’il faut bien tenter de s’entendre à propos du monde et que pour ce faire les deux partenaires de l’acte de langage ont recours à des savoirs que l’on suppose communs.

Ces principes entraînent un certain nombre de conséquences discursives :

  • Traitant de la POECUG, l’administrateur de la page a, vis-à-vis de l’autre[20]L’autre, c’est les usagers de la page., une intention d’influence de faire faire, faire savoir, faire savoir-faire, faire dire, faire penser, faire croire, faire apprécier, etc., dont il faut pouvoir rendre compte parce qu’elle surdétermine le sens des propos tenus dans l’échange ; cette intention peut être catégorisée en « visées discursives » de Prescription, d’Information, d’Incitation, etc.

  • une telle finalité assigne à l’étudiant internaute une certaine place d’infériorité, de soumission, selon la visée discursive en œuvre ; il se trouve alors en position de devoir faire, devoir savoir, devoir savoir-faire, devoir dire, devoir penser, devoir croire, etc..

  • enfin, une telle intention implique que l’administrateur de la page occupe une position qu’il essaye de justifier et rendre viable : position d’autorité, de pouvoir, de savoir, de savoir faire, toute chose destinée à rendre son acte de discours légitime et crédible[21]Voir Patrick Charaudeau « Le discours propagandiste », in Le Français dans le monde N°182, Hachette-Larousse, Paris, janvier, 1984..

Cet ensemble de conditions de production lui donne des instructions pour la mise en scène de son acte discursif et la mise en place de stratégies discursives de légitimation[22]L’administrateur de la page  essaye de légitimer  ses propos en jouant sur l’horizon d’attente des étudiants internautes. pour entrer en contact avec l’usager de la page, de crédibilité[23]Ses propos sont aptes à dire le vrai. pour lui imposer sa personne de sujet parlant, de captation[24]Il essaye de séduire l’étudiant internaute, à provoquer chez lui un certain état émotionnel qui soit favorable à sa visée d’influence. pour le toucher.

Se réaliser comme tel est un idéal, né avec la modernité. Il est lié au principe de besoin d’accomplissement de soi dont les prémisses se trouvent Chez Maslow.

Les RSN, d’abord source polémique, impose aujourd’hui non pas un nouveau genre médiatique, mais réellement une nouvelle forme de communication. Nous y trouvons bien plus d’une opinion, mais des opinions variées. Allant des opinions des usagers de la page web, convoquée sous toutes ses formes possibles[25]L’opinion peut être une question, une interrogation, un point de vue, du bavardage, du chat ou autres…, à l’opinion personnelle et individualiste que l’administrateur de la page web tente de transmettre par le biais d’une communauté collective ou de formules autoritaires ; il use des opinions existantes pour  construire ses horizons scripturaux et son état de moi[26]Se conduire tel un intellectuel, un sage. : se forger une place de détenteur de la nouvelle et du savoir.

De ce point de vue, nous pouvons considérer la POECUG comme un discours juvénile[27]Un discours en gestation, à la quête de soi. qui cherche à se faire reconnaitre dans la société ; il bâtit sa pertinence selon trois axes importants :

  • Le premier est producteur du message;
  • Le deuxième est récepteur et interpréteur du message;
  • Le troisième axe regroupe les deux entités citées supra : elles sont dotées d’une identité sociale par la situation de la communication dont le metteur en scène[28]Nous soulignons. est l’administrateur de la page web.

 

Conclusion

L’espace discursif de la POECUG apparaît clairement, à travers les quelques exemples proposés plus haut, comme un espace riche et diversifié. Des modalités énonciatives, communicatives et sociologiques y sont présentes et produisent des messages qui y coexistent. Ces modalités renvoient, comme pour n’importe quel autre média, à un rapport énonciateur/destinataire en présence. Des intentions préexistent à l’élaboration des messages. Elles renvoient à certains aspects du lien social. Héritière d’utopie (la POECUG), de systèmes de valeurs et d’habitudes, ce média a aussi des espaces de confrontations de logiques et de réappropriations au sein de pratiques de réalisation. C’est donc une culture complexe, en vogue,  qui se dessine, déjà structurée autour du langage, thématiquement parlant hétérogène, mais aussi en pleine évolution. La POECUG peut être l’objet d’une  analyse sémiotique.

Loin des présupposés technicistes et instrumentalisants, la perspective de sa sémiotisation semble constituer un préalable à son exploitation scientifique et pédagogique.

Notes   [ + ]

1. Réseaux sociaux numériques.
2. Nous entendons par mutation juvénile : le comportement sollicité par la navigation, à travers les sites web, indifféremment de l’âge.
3. Désormais, nous la désignons par POECUG.
4. Les plus récents sont en haut de la page.
5, 10, 11, 28. Nous soulignons.
6. Voir à ce propos notre thèse de doctorat, ALAOUI MADANI, I., La communication éditoriale et discours médiatique : essai d’une lecture sémantique, Univ My Abdellah, Fes, 2003.
7. Nous entendons par situation directe une discussion simultanée en un temps réel.
8. Voir Benveniste, E., Problèmes de linguistique générales, Tome I et II, Gallimard, Paris, 1966.
9. Voir DUCROT, O., Dire et ne pas dire, Paris, Hermann, 1972.
12. Il suffit d’ouvrir un compte sur la page et vivre cet instant de bienvenue.
13. Apparemment, les créateurs de cette page web ne sont pas savant en la matière, leur action s’inscrit dans la tentative de réussir et de réaliser une action donnée, dont c’est le cas ici.
14. Cette conception occupe  le devant de la scène universitaire en reflétant la position première de ses créateurs : celle d’être la source de l’information.
15. Voir l’article de Benveniste « De la subjectivité dans le langage », Problèmes de linguistiques générales, Tome II, Gallimard, Paris 1992.
16. Voir  Austin, J.-L., Quand dire c’est faire, Seuil, Paris, 1962.
17. L’administrateur de la page use de procédés communicationnels ne figurant pas parmi les règles de la doxa. Ceci pourrait porter atteinte à son projet de page web.
18. Nous percevons l’administrateur de la POECUG comme une personne manipulatoire dont les  actes et les agissements relèvent de l’appareil argumentatif, énonciativement parlant, et qui se croit détenir l’information.
19. Nous entendons par outil le web.
20. L’autre, c’est les usagers de la page.
21. Voir Patrick Charaudeau « Le discours propagandiste », in Le Français dans le monde N°182, Hachette-Larousse, Paris, janvier, 1984.
22. L’administrateur de la page  essaye de légitimer  ses propos en jouant sur l’horizon d’attente des étudiants internautes.
23. Ses propos sont aptes à dire le vrai.
24. Il essaye de séduire l’étudiant internaute, à provoquer chez lui un certain état émotionnel qui soit favorable à sa visée d’influence.
25. L’opinion peut être une question, une interrogation, un point de vue, du bavardage, du chat ou autres…
26. Se conduire tel un intellectuel, un sage.
27. Un discours en gestation, à la quête de soi.


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Pour citer cette article

et , "La page web entre communauté et individualisme : essai d’une lecture sémantique", REFSICOM [en ligne], VARIA, mis en ligne le 04 décembre 2016, consulté le 26 September 2017. URL: http://www.refsicom.org/188