L’impact des médias sur la construction identitaire de la population marocaine vivant en France

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Avec l’essor de la mondialisation, l’appropriation des moyens d’information et de communication est devenue de plus en plus segmentée. Ceci pose en effet la problématique de l’impact de ces techniques sur les démocraties interculturelles et surtout sur leur mode de réception. Dans ce contexte où le multiculturalisme, la pluralité des identités et des cultures sont controversés, où la tolérance, l’acceptation de l’autre et de sa différence se veulent rares, le développement des médias de masse comme étant des dispositifs interculturels susceptibles de rapprocher les gens, de construire des liens, de redonner sens à une société cosmopolite et interculturelle reste au centre des débats. Cependant, l’usage que fait chaque individu de ces technologies d’information et de communication porte en lui une part de mystère. La possibilité d’avoir une pratique supposée « culturelle », « individuelle », « collective », « affinitaire », « communautaire », etc. demeure influencée par la nature des supports, les types de contenus offerts et dépend aussi des facteurs socioculturel, économique et politique (Miège, 2000). A partir de là, et en tenant compte des formes d’énonciation propres à chaque type de médias, cet article se veut une réflexion sur la nature des pratiques médiatiques de la communauté marocaine vivant en France. Nous essayerons de comprendre le type d’usage que fait cette communauté des médias ? Quels genre de médias utilise-t-elle ? Comment et pourquoi ? Quels sont les facteurs responsables de la « segmentation » de ses usages? Et quels rôles peuvent jouer les médias dans l’organisation de nouveaux repères identitaires ?

Autrement dit, notre réflexion théorique s’intéresse à la problématique des effets et de la réception des médias. Faire un topo sur les différentes traditions de recherches issues de différentes zones géographiques américaines, anglo-saxonnes et francophones va nous permettre de télescoper plusieurs disciplines : les sciences de l’information et de communication d’une part et la sociologie d’autre part. L’objectif est de faire émerger une sorte de réflexion qui met en corrélation le choix du média avec l’identité de l’usager. Nous nous baserons sur les résultats de quelques recherches menées sur la population marocaine vivant en France. Nous les analysons et interprétons selon les indicateurs pris en considération sans oublier d’y porter un regard critique

Théories et approches

La problématique des médias de masse est au centre d’un débat à la fois intéressant et houleux entre plusieurs des traditions de recherches. Il est certain que les médias aient acquis aujourd’hui un réel pouvoir d’influence au sein de l’opinion publique. Ils occupent désormais une place importante dans le débat politique actuel et restent une entreprise à la quête du sensationnel et de l’audimat. Deux approches fonctionnalistes se sont intéressées aux fonctions des médias et à leurs effets complexes.

Aux Etats-Unis, le modèle empirique du sociologue américain Harold Lasswell (1948) privilégie une vision plus radicale des effets directs des médias. On lui doit le célèbre « paradigme de 5Q » ou « paradigme des effets » (qui dit quoi par quel canal à qui avec quels effets). Ce courant fonctionnaliste a une représentation omnipotente des médias considérés comme des systèmes d’information et de communication qui agissent sur le système social de l’individu. Ce dernier se trouve hypnotisé par l’effet indirect et limité des médias qui agissent selon le modèle de « l’aiguille hypodermique ».  En revanche, en Europe, les représentants (Benjamin, Horkheimer, Marcuse, Adorno) de l’école de Frankfort (1960) considèrent les médias comme des appareils idéologiques responsables de l’apparition de la « culture de masse » dans les sociétés modernes. Autrement dit, ils affirment que les médias ont un pouvoir subversif, séducteur, puissant et direct : ils orientent les modes de consommation, contrôlent le temps, convainquent et endoctrinent les individus (Adorno, 1990). On reproche à ce courant critique le fait qu’il ne prend pas en compte l’environnement de l’usager (y compris les modalités de sa réception ou son appropriation), ni les spécificités de chaque type de média. C’est ainsi que les chercheurs (Berelson, Wright et Blumer) ont mis en cause le pouvoir des médias sur l’opinion publique et décident de s’intéresser aux conditions de la réception des médias. On peut citer la théorie de l’appropriation (Chambat, Proulx, 1993), celle de la socio-politique des usages (Vitalis, Vedel, 1994). Représenté par Elihu Katz (1990), ce nouveau courant des « usages et gratifications » cherche à savoir ce que les gens font des médias et non pas ce que les médias font des gens.

Le deuxième courant critique rattaché à l’école de Birmingham appelé les « cultural studies » insiste sur le contexte social dans lequel s’insère la réception. Apparaît en Angleterre dans les années 1960, ce courant de recherche s’intéresse aux apports des médias en matière de culture. Outre son fondateur Richard Hoggart (1957), on associe généralement à ce courant les noms de Stuart Hall (1994), David Morley, Raymond Willams (1958), Jean-Claude Passeron. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que l’intérêt s’est déplacé vers la réception des médias par divers publics et la construction d’une identité individuelle recomposée à partir de ses appartenances multiples (race, genre, nation, classe…). Les chercheurs des cultural studies partent de l’idée que les effets des médias dépendent du contexte social du récepteur ainsi que de plusieurs paramètres politiques, économiques, religieux et culturels. C’est grâce aux techniques d’enquêtes ethnographiques que les recherches sur la réception permettent d’appréhender et de saisir les réactions des usagers, les lieux, les conditions et les moments de la réception, les discussions interpersonnelles, les comportements, etc. Ces chercheurs sont d’accord sur le fait que le récepteur, à travers ses pratiques médiatiques ancrées dans le quotidien, fait appel à son vécu, à son humeur, à ses expériences pour décrypter les messages reçus. Cette approche des « pratiques médiatiques » permet donc de comprendre et d’interpréter le comportement de l’usager en fonction de sa position sociale, de ses compétences culturelles et de son mode de vie.

Marshall McLuhan développe une autre approche techniciste des médias. Il insiste sur les progrès qu’introduisent chaque technique dans la vie des individus, sur leur capacité à générer de nouvelles créativités ou de nouveaux types de sociabilité. Il établit une typologie des médias non pas en fonction des contenus médiatiques mais en rapport avec les caractéristiques physiques des supports. Il distingue en fait les médias chauds (hot) des médias froids (cool). Bien que cette vision techniciste ait des limites, nous rejoignons McLuhan qui a le mérite de souligner qu’un « même message diffusé à la télévision et ou dans la presse n’implique pas les mêmes perceptions côté réception, ni le même type de construction côté émission » (McLuhan, 1977 ). Nous considérons qu’il faut s’attacher aussi bien aux contenus des médias qu’à leur aspect technique. Cette double médiation technique et sociale joue un rôle considérable sur le mode de vie, la culture et l’identité de l’usager.

Parler des effets des médias sans faire appel à la problématique de leur enjeux sur la construction identitaire constituera une limite à notre réflexion. C’est pourquoi, il paraît aussi important de s’intéresser au processus de la formation des identités des usagers en rapport avec les médias utilisés. Mais quand cet usager est issu de « minorité ethnique », cela renforce davantage l’organisation de son groupe/communauté « autour d’une identité devenue collective et revendiquant la reconnaissance publique » (Dassetto & Bastenier, 1993).  En ce sens, Wolton insiste sur le fait que les médias véhiculent des valeurs et des références qui renvoient, selon lui, « à l’existence d’une communauté, à une vision des rapports entre l’échelle individuelle et collective et à une certaine représentation des publics » (Wolton, 2005). Autrement dit, la question de la construction des identités dans des sociétés démocratiques pluriculturelles est une problématique assez complexe. Chaque individu forge une identité culturelle, ethnique, religieuse ou linguistique (Cuche, 1996) qui se réfléchit dans les groupes de référence ou d’appartenance. Cette Identité se trouve en effet exacerbée par la mondialisation et la globalisation, d’où l’émergence d’une « illusion identitaire » (Bayart, 1996).

Description de recherches menées

De multiples études ont démontré que les médias ont un impact considérable sur les usagers et particulièrement ceux issus des « minorités ethniques ». En faisant référence à une recherche (Daghmi, 2003) sur les représentations des communautés issues de l’immigration en France, il s’avère que les médias du pays d’accueil véhiculent une image ambiguë sur les communautés ethniques. En effet, le contexte colonial, social, culturel, religieux ainsi que l’irruption d’événements[1]Le tragique incendie d’Aubervilliers (1970), la marche des beurs (1983), l’affaire du foulard (1989, 1993), le 11 septembre 2001, l’affaire de ...continue dans l’espace public concourent à présenter systématiquement la communauté ethnique non seulement comme différente mais également comme une menace, souvent liée à des questions de criminalité, de violence et d’insécurité. De même, une autre étude (Touhami, 2007) s’est focalisée sur l’analyse des pratiques médiatiques des marocains vivant en France. Il ressort que ces derniers éprouvent à l’égard des médias du pays d’accueil une certaine frustration. Le fait qu’ils ne soient pas représentés dans les médias est considéré, selon eux, comme une forme de rejet des outgroup dont ils font partie. Qu’on le veuille ou non, on assiste de plus en plus à des distorsions diverses de l’information véhiculée par les médias (Malonga, 2000). Pour sortir de cette impasse, l’usager marocain construit son agenda en fonction de l’information qui l’intéresse. Sa seule alternative est de glisser vers l’usage des médias numériques comme témoignent ces extraits d’interview (Touhami, 2007)[2]Il s’agit d’une enquête qualitative réalisée auprès de 50 Marocains vivant en France issus de différentes catégories socioprofessionnelles ...continue :

  • « Internet est une fenêtre à travers laquelle on regarde le monde et on construit une sorte de réalité conforme à la réalité de notre quotidien »
  • « Je consulte les médias du pays d’origine sur Internet. Cet outil constitue une passerelle entre tous les Maghrébins. Il permet à mes enfants qui sont nés ici, en France, de garder un trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée »
  • « Internet constitue une passerelle sociale qui préserve l’identité et le lien avec le pays d’origine. Internet aide dans la construction du lien social, surtout pendant certaines périodes : vacances d’été, fêtes nationales du pays d’origine, fêtes religieuses notamment le ramadan, l’Aid, le nouvel an musulman, le pèlerinage à la Mecque, etc. »
  • « Pour nous les jeunes, Internet est un outil universel, moderne et indispensable ».

D’une manière générale, bien que les médias diffèrent par leurs caractéristiques, leur stratégie éditoriale, la nature de leur diffusion et la manière dont les usagers les reçoivent, ils jouent un rôle fondamental dans le processus d’intégration et d’acculturation socioculturelle[3]L’acculturation est le fait, pour un sujet, de modifier ses comportements et ses conduites sous l’influence du milieu dans lequel il vit, et plus ...continue des communautés ethniques (Touhami, 2007). Il existe aussi d’autres travaux qui insistent sur les modes et les motivations qui poussent les usagers issus de l’immigration à utiliser tels ou tels médias. Ces recherches mettent en effet l’accent sur le rapport entre les médias et l’ethnicité (Stella, 1999). Il ressort que les médias du pays d’accueil favorisent l’apprentissage des codes de la culture du pays d’accueil (Khan, 1992). Ils renforcent ainsi l’intériorisation des stéréotypes et le sentiment d’exclusion. Tandis que les médias communautaires, qui sont produits dans le pays d’accueil, concilient deux aspects : la familiarisation aux normes et modes de vie du pays d’accueil et l’affirmation de l’identité ethnique du groupe d’immigrants (Herbert, 2009) comme l’illustre le schéma suivant (Fig.1). Ils sont considérés par excellence à la fois comme supports et productions d’identités (Rigoni, 2010).

Fig.1. L’impact des médias sur les « minorités ethniques »
Fig.1. L’impact des médias sur les « minorités ethniques »

Il existe, en effet, d’autres recherches en sociologie de la communication, notamment la théorie de la « spirale de silence » (Elisabeth Noëlle-Neumann, 1989). Ce modèle met en relation la communication de masse, la communication inter-individuelle et la perception de l’individu par rapport à l’opinion de la majorité. Ce paradigme renforce la réflexion que l’on peut avoir sur la problématique de l’influence des médias sur les usagers et plus particulièrement sur le processus de la construction identitaire.

Il ressort que les médias ont leur part de responsabilité dans la formation de l’opinion publique. Autrement dit, ils présentent l’opinion dominante de la majorité et sont responsables de l’isolement de la minorité. Deux cas de figures se présentent : soit l’individu constate que son opinion n’est pas représentée par les médias, dans ce cas, il se retire, quitte l’espace public et se replie sur lui-même dans l’espace privé[4]cité par Khalid Zammoum, 2011, Minorité ethnique issue de l’immigration et communication communautaire: Les spécificités du modèle ...continue. Soit il va essayer de s’identifier aux opinions des autres ou suivre l’opinion générale, celle de la majorité.

Résultats et analyses

Selon les résultats de l’enquête menée auprès des Marocains vivants en France (Touhami, 2007), Il paraît cette communauté a des pratiques médiatiques diverses et variées, des usages différents qui dépendent de plusieurs dynamiques spatio-temporelle, socioculturelle, religieuse, politique, etc. L’usage qu’elle fait des médias peut être positivement corrélé à un renforcement de l’identification ethnique, comme cela peut avoir des conséquences négatives sur la construction d’autres identités nationales, culturelles, linguistiques, etc. De Certeau (1980) qui s’intéresse aux pratiques quotidiennes des gens, à leur « manières de faire », à leur « consommation », considère le processus d’appropriation des médias comme un construit social et identitaire. Pour Bertrand et Mercier (1995), le concept de « l’appropriation » remplace celui des « pratiques » et serait liée à une certaine reconnaissance de l’identité.

Compte tenu des conditions sociales des communautés culturelles et des enjeux que représente la problématique de l’usage des médias en général, la question de la construction identitaire par les médias dépend de plusieurs variables culturelle, sociale, intergénérationnelle, etc. Les médias participent à la construction des identités collectives susceptibles de créer la conscience d’appartenir à une « communauté ». Ils modifient considérablement l’espace public des démocraties et jouent un rôle incontestable dans la représentation de l’Autre.. Les Marocains vivant en France ont besoin de construire leur identité non seulement individuellement, en groupe ou en société mais aussi en exploitant différents médias. Leur visibilité sur la scène médiatique renforce, à leur sens, le sentiment d’appartenance, d’existence et de reconnaissance de leur identité. En revanche, toute exclusion de l’espace médiatique risque d’entraîner une non reconnaissance et renforce sans aucun doute le sentiment du repli sur soi.

Avec le développement des nouvelles technologies d’information et de communication et la mondialisation des marchés économiques, la population marocaine vivant en France est de plus en plus confrontée à des usages différents, individualisés, collectifs, communautaires, spécifiques, etc. Elle développe ainsi des stratégies identitaires selon les médias utilisés. Il ressort d’une enquête qualitative[5]C’est une étude qualitative qui s’est basée sur un questionnaire et des entretiens semi directifs. Nous avons privilégié dans la construction ...continue (Touhami, 2007), une image différenciée de l’utilisation des médias chez cette communauté. ses pratiques médiatiques dépendent du contexte social ainsi que de plusieurs paramètres politiques, économiques, religieux et culturels. Deux types de pratiques médiatiques se sont révélées : pratiques médiatiques dites « communes » liées aux médias nationaux et pratiques médiatiques dites « spécifiques » liées aux médias communautaires. Un troisième type de « pratiques cybernétiques » apparaît avec la libération du marché français de l’audiovisuel qui a permis à l’ensemble des communautés ethniques d’accéder à un produit médiatique spécifique grâce à la parabole depuis 1986 et au numérique il y a une dizaine d’année.

Ces pratiques éclectiques des médias chez la communauté marocaine vivant en France, s’explique grâce à cette double culture, « émergente » qui pousse ces usagers à construire un espace médiatique personnel dans lequel ils se reconnaissent. Par exemple, la première génération reste souvent attachée au pays d’origine, à la langue, à la culture et à la tradition. Elle utilise exclusivement les médias du pays d’origine diffusés dans la langue maternelle. Ces pratiques dites « communautaires » permettent la construction de valeurs et des références partagées dans un espace où le manque de repères chez les usagers issus de l’immigration se révèle être à l’origine d’un « déchirement » identitaire, culturel et social. Ces médias communautaires favorisent d’une part ce phénomène d’intégration sociale et culturelle dans la société française. Et d’autre part ils participent au renforcement de l’identification ethnique, à la création du lien social. La deuxième et troisième générations oscillent entre les médias nationaux et les médias communautaires. Elles utilisent les premiers pour être au courant de ce qui se passe dans l’espace public dont elles font partie intégrante d’une part, et elles se penchent vers les médias communautaires qui « ne les enferment nullement dans un tissu d’informations centrées sur leur propre groupe de référence. Au contraire, ils leur permettent de garder le lien avec leur pays d’origine » nous affirment les interrogés. Toutefois, l’ouverture du marché médiatique sur d’autres modes d’information et de communication en l’occurrence Internet a permis la réception d’un produit médiatique diversifié. Internet a complètement modernisé, métamorphosé et reconfiguré l’espace médiatique de la communauté marocaine vivant en France. Il aurait une influence considérable sur la troisième génération. En général, les pratiques médiatiques de cette population se mesurent avec le degré de satisfaction envers les médias et surtout avec le contenu de l’information qui lui est destiné. La combinaison de l’usage des médias nationaux et des médias communautaires l’oblige à construire une sorte de configuration mosaïque voire un espace médiatique sur mesure.

Quel que soit donc le genre du média utilisé, nous constatons que cela rythme d’une manière générale les pratiques médiatiques et interfère avec l’identité culturelle, ethnique, collective, communautaire, etc. Selon Proulx, « la consommation spécifique d’un choix d’émissions (…) contribuerait directement -ou indirectement- au processus de reconstruction symbolique d’une nouvelle identité sociale et culturelle » (Proulx et Bélanger, 1996). C’est-à-dire, les messages véhiculés par les médias peuvent constituer un matériau symbolique qui participe au processus d’acculturation et de la reconstruction de l’identité. L’usager livré à lui-même, cherche sa vérité, définit son programme, choisit son interlocuteur, se fabrique une identité. Il construit ainsi un espace où il peut mobiliser des « identités refuges » comme il peut transcender des « identités figées ».

Regard critique

Le paysage médiatique a subi une mutation voire une évolution considérable de ces organes d’information et de communication. Cette transformation a touché le support médiatique, son contenu ainsi que la façon dont il est arrivé dans les foyers. La présentation des populations issues de l’immigration au sein des médias a existé en France dès les années 60, à travers la diffusion à la télévision française de quelques émissions « spécifiques » (voir liste ci dessous).

« Faire face au racisme » (1960)

« Régie 4 » (10 juin 1969)

« Les dossiers de l’écran » (1970 )

« Les Trois Vérités » (23 mai 1973) et « Magazine 52 » (31 août 1973)

« À écrans ouverts » : (du 07 décembre 1975 au 15 mai 1977) sur FR3

« Immigrés parmi nous » : du 18 janvier 1976 au 19 décembre 1976 sur France 3

« Spéciale Mosaïque »  (15 mai 1977 au juin 1978)

« Mosaïque » : ( du 26 décembre 1976 au 11 octobre 1987) sur France 3

« Télévisions étrangères »

« Images de… » : (du 1er octobre 1978 à fin juin 1980). À la reprise, le 19 octobre 1980, jusqu’au 27 décembre 1981.

« Ensemble aujourd’hui » : (du 18 octobre 1987 au 15 janvier 1989) sur France 3

« Rencontres » : (du 29 janvier 1989 au 07 septembre 1991) sur France 3

« Racines » : (du 10 février 1990)

« Relais » : (du 10 février 1990)

«Spécial Racines » : été 1990, sur FR3

« Sixième gauche » (Sitcom  1990), « La famille Ramdane » (Sitcom  1990)

« Saga cités » : (du 12 septembre 1992 à 1995

« Ouvert le matin » : du 01/02/1993. Elle devient « Premier service »

« Premier service » : (du 18/10/1993 au 03/02/1995)

« Jour du seigneur » : diffusée sur France 2 depuis 1995 à nos jours, tous les dimanches

« Chez moi la France » : à partir du 30 septembre 2002

« La semaine pour l’intégration et contre les discriminations » : en 2003

Liste des émissions les plus marquantes consacrées aux communautés ethniques vivant en France et diffusées sur les chaînes hertziennes françaises (Inathèque de l’INA, Paris)

Mais depuis les dix dernières années, on commence à se focaliser sur la question de la représentation des dites « minorités visibles »[6]Ce concept est émergé dans le contexte canadien. Il est fort controversé en France et en Europe car il serait difficile voire impossible de ...continue. Un certain nombre de chercheurs (Bachman et Basier, 1989, Bonafous, 1991, Perotti, 1991, Bourdon, 1993, Malonga, 2000, Macé, 2007, etc.) révèlent le constat selon lequel les populations issues de l’immigration sont mal/sous représentées dans les médias français. En effet, ce rapport entre les médias et la question de l’ethnicité est devenu de plus en plus mitigé. Certains présupposent que l’exclusion médiatique des minorités révèle et renforce l’exclusion symbolique et sociale de ces dernières, c’est-à-dire, une meilleure visibilité médiatique engendrerait une « reconnaissance politique et symbolique au sein de l’imaginaire collectif national » (E.Macé, 2006). D’autres estiment que l’un des rôles des médias entant qu’espace social privilégié est de refléter la société et de contribuer ainsi à la cohésion sociale. Face à ce bilan mitigé de diverses mobilisations, nous nous interrogeons sur quelques une des raisons qui peuvent expliquer l’échec du modèle républicain d’intégration. Nous empruntons l’idée avancée par E. Macé selon laquelle « les représentations télévisuelles (…) rendent compte, à un moment donné, des tensions propres aux imaginaires collectifs nationaux » (Macé, 2006).

Malgré l’existence aujourd’hui de quelques maigres tentatives[7]Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des chances (2006), les médias français commencent à s’intéresser à la ...continue relatives à la représentation à l’antenne de la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale, il s’avère que la modification institutionnelle[8]Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des chances (2006), les médias français commencent à s’intéresser à la ...continue du cahier des charges des chaînes publiques françaises pourrait laisser croire à une résolution réelle du problème de représentation des « minorités ethniques ». Au contraire, cela contribue indirectement à l’apparition d’un autre problème lié à la construction identitaire. Il n’est pas rare, en effet, que l’identité ethnique, l’identité culturelle, l’identité linguistique, l’identité religieuse, l’identité socioprofessionnelle, etc. se retrouvent en conflit. Donc, le concept de l’ethnicité en rapport avec les médias n’est pas vraiment une « bonne monnaie d’échange » (Ben Amor mathieu, 2004), puisqu’il nie la construction d’une seule identité car l’usage des médias peut mobiliser plusieurs identités qui peuvent être en perpétuel combat les unes avec les autres.

L’instabilité d’une vraie politique médiatique à l’égard des « minorités ethniques » se répercutera sans aucun doute sur la nature de leurs besoins et leurs attentes en matière d’information et de communication. Il paraît que l’utilisation de ces moyens d’information et de communication par la communauté marocaine vivant en France repose sur un mode d’organisation spécifique qui représente un second espace public. Ce dernier se fond sur un système d’activités socioculturelles (rencontres, marchés, lieu de culte, association, fête, visites familiales, cyber, téléboutique, café, etc.) susceptible de combler le vide.

Nous constatons que malgré les disparités d’équipement et de consommation des médias chez la communauté marocaine de France, ses pratiques médiatiques constituent un espace à la fois symbolique et social où elle partage des références communes. Les médias constituent une véritable source d’accès à l’information et aux différentes cultures. C’est grâce à l’évolution de nouvelles technologies de transmission et de diffusion que l’usager parvient, en dépit des barrières géographiques, et quelle que soit sa culture et son origine, à acquérir un produit culturel universel. En effet, les médias occupent une place primordiale dans la société au vu des valeurs et des idées dominantes qu’ils véhiculent. Ils diffusent des messages composés à l’intention de l’usager. Celui-ci utilise sa sensibilité consciente ou inconsciente, physique ou morale, pour acquérir ce qui l’intéresse. Ce sont les technologies de l’information et de la communication tels: l’internet et les réseaux sociaux qui bouleversent d’emblée les rapports interactifs entre les médias et les « minorités ethniques », du fait que ces dernières sont en mesure de recevoir une information instantanée, diverse et variée. L’évolution des ces technologies de l’information et de la communication devient un support du pluralisme de tout genre (Barker, 1999). La prise en compte de cette réalité permettrait de comprendre l’évolution du mode de fonctionnement socioculturel de la communauté marocaine vivant en France .

Rompant avec les traditions de recherche qui privilégient les effets directes des médias sur les mentalités, nous considérons que les usagers quelques soit leur origine ethnique et culturelle, construisent leurs propres pratiques médiatiques en fonction de leur environnement médiatique qui englobe à la fois les modalités de la réception, l’appropriation des messages, la culture, le mode de vie, etc. A l’heure de la mondialisation, Nous constatons que les pratiques médiatiques des communautés ethniques évoluent de manière significative et jouent incontestablement un rôle dans la construction des identités plurielles (identités culturelles, ethniques, collectives etc.), l’affirmation des opinions, la diffusion des informations, la formation des représentations sociales.

Notes   [ + ]

1. Le tragique incendie d’Aubervilliers (1970), la marche des beurs (1983), l’affaire du foulard (1989, 1993), le 11 septembre 2001, l’affaire de Sangatte (2002), le rapport Stasi (2003), la nouvelle loi sur la laïcité (2004), les violences urbaines dans les banlieues françaises (2005), les caricatures de Mahomet (2006), sans oublier d’autres faits : l’affaire Salman Rushdie, les propos incontrôlés sur l’islam de Le Pen de l’extrême droite française, de Michel Houellebecq, de Robert Redecker et du Pape Benoît XVI, la guerre en Irak, la guerre israélo-palestinienne, les attentats terroristes à Londres, en Espagne et au Maroc, les réformes du code de la nationalité, la violence dans les banlieues, l’affaire de l’islam de France, La loi relatif au port de la bourca dans les espaces publics, les révolutions en Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie.
2. Il s’agit d’une enquête qualitative réalisée auprès de 50 Marocains vivant en France issus de différentes catégories socioprofessionnelles et qui font partie des 3 générations. Ces témoignages sont extraits d’entretiens semi directifs. L’objectif est de comprendre la nature des pratiques médiatiques de ces interrogés en fonction de leur situation sociale, culturelle, ethnique, linguistique, etc.
3. L’acculturation est le fait, pour un sujet, de modifier ses comportements et ses conduites sous l’influence du milieu dans lequel il vit, et plus précisément du milieu de civilisation, c’est à dire des habitudes de penser et d’agir des autres individus du groupe. Autrement dit, l’acculturation signifie processus par lequel un groupe humain, un individu assimile des valeurs culturelles étrangères aux siennes (Glossaire révisé par la Commission de terminologie et de néologie du domaine social au 14/08/1998 in http://www.vie-publique.fr/dossier_polpublic/immigration/glossaire.shtml (consultée en 2008)
4. cité par Khalid Zammoum, 2011, Minorité ethnique issue de l’immigration et communication communautaire: Les spécificités du modèle intégrationniste français, Global Media Journal, Canadian Edition, 4(1), 93-108 http://www.gmj.uottawa.ca/1101/v4i1_zammoum.pdf ( consulté en mai 2013)
5. C’est une étude qualitative qui s’est basée sur un questionnaire et des entretiens semi directifs. Nous avons privilégié dans la construction de l’échantillon (50 personnes) la diversité et non pas la représentativité. Trois principaux critères ont été pris en considération : l’origine des interviewés (Marocains issus des trois générations), leur diversité sociale et culturelle (méthode des quotas sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle,) et le lieu de leur résidence (France).
6. Ce concept est émergé dans le contexte canadien. Il est fort controversé en France et en Europe car il serait difficile voire impossible de l’adapter à des sociétés aux modèles politique, social, culturel, etc. tout à fait différents.
7. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des chances (2006), les médias français commencent à s’intéresser à la diversité médiatique. La visibilité des communautés ethniques s’affirme de plus en plus dans des
8. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des chances (2006), les médias français commencent à s’intéresser à la diversité médiatique. La visibilité des communautés ethniques s’affirme de plus en plus dans des domaines différents : culturelles (Yamina Benguigui, Nagui, Mouloud, Ali Baddou), politiques (Rama Yade, Rachida Dati, Aissa Dermouch, Azouz Begag, Fadela Amara), sportifs (Zinédine Zidane, Samir El Kandili), artistiques (Jamel debbouz, Gad Elmaleh, Mouss Diouf, Mustapha Alatrassi), médiatique (Rachid Arhab, Harry Roselmack, Audrey Pulvar), etc.


Références bibliographiques

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Pour citer cette article

, "L’impact des médias sur la construction identitaire de la population marocaine vivant en France", REFSICOM [en ligne], 01 | 2016, mis en ligne le 28 octobre 2016, consulté le 19 March 2019. URL: http://www.refsicom.org/104


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